CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Wanted// Labège village




CECI N’EST PAS UN WESTERN


publié le 20/07/2019
(Pars du Ritouret (Blagnac))





Les Estivités de Blagnac, installées dans le parc d’Odyssud à Toulouse, accueillent tout les étés spectacles, concerts et animations en tout genre dans une ambiance familiale. C’est au sein de ce décor aux allures de guinguette que le public assiste à un drôle de western – revisité à grand renfort de bruitages et de pantomime –, proposé par la compagnie Bruital. Première création de cette compagnie toulousaine, Wanted a vu le jour au Chili, avant de prendre son envol pour la France, en faisant un détour par l’Inde. Ce spectacle, qui emprunte ses codes au cinéma muet, a en effet cette capacité du caméléon, qui lui permet d’être vu par tous les types de publics.

Paf paf, zouing, cra-cric !

De cette histoire de cowboys, chapitrée comme un conte pour enfants, on pourrait dire très simplement : « elle est le corps, il est la voix ». Le duo formé par Barnabé Gautier et Lorraine Brochet traverse la pelouse en discutant avant de monter sur scène : le spectacle et la complicité sont déjà là, hors-champ. Il s’installe à sa table de bruiteur – une chaise, un micro, un ordinateur, et les feuillets du scénario à suivre. Elle se place au centre de la scène, prête à dégoupiller devant deux paravents façon portes de saloon. Elle sera les corps : le grand bandit Don Pepe, le shérif Gordon, Bill le prisonnier, le banquier avare, ou encore la belle aux cheveux lâchés. Ses mimiques sont précises, ses gestes maîtrisés : ses transformations, convaincantes, parviennent à emmener le spectateur dans ce western aux accents parodiques. Lui, la voix, construit le décor sonore – doublages et bruitages –, et participe au décalage comique des situations, avec beaucoup d’habileté, malgré le caractère parfois convenu de certaines scènes. Les ressorts classiques de la dramaturgie du western se laissent en effet deviner au fil des cinq chapitres, relatant la poursuite d’un dangereux criminel par un brave shérif de City Town qui ne cesse de répéter : « c’est qui la justice ? ».

Pour de faux

C’est dans ce jeu avec les conventions, à l’intérieur de cet interstice créé par la dissociation entre son et corps, que le duo choisit d’opérer. Dans ce système de jeu qui pourrait devenir redondant, Lorraine Brochet et Barnabé Gautier parviennent néanmoins à insérer de judicieuses respirations métathéâtrales. Le public est ainsi invité à faire un pas de côté lorsque les comédiens se trompent – pour de faux –, lorsque la voix ne suit plus le geste, ou lors du surgissement de – tout aussi faux – bugs techniques. Des décrochages qui dévoilent l’envers d’un décor en carton-pâte, travaillé par les bruitages cartoonesques. Comme pour affirmer, à la manière de Magritte : « ceci n’est pas un western (mais bien la représentation d’un western) ». On peut d’ailleurs reconnaître l’un des fameux thèmes musicaux présents dans Le Bon, la brute et le truand, mais aussi des références plus décalées, piochées dans la culture populaire – Les Feux de l’amour, Qui veut la peau de Roger Rabbit?, Walker Texas Ranger, Abba, etc. Un aspect héroï-comique assumé par le duo et goûté par les adultes du public, moins directement accessible au jeune public, qui plonge avec grand intérêt dans l’histoire proposée. En choisissant de détourner le western et sa violence en matière à rire, Wanted propose ainsi une épopée sonore effrénée et iconoclaste, dans laquelle le geste s’écrit comme une histoire à dormir debout.

Lucie Dumas









De et par Barnabé Gautier et Lorraine Brochet
Co-écriture : Anne Bouchard
Regards complices : Martin Votano, Anne Bouchard

20 juillet 2019
Labège village