CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Vania// Centre culturel Alban-Minville




L’ESPRIT DE VANIA SOUFFLE SUR LA MAISON


publié le 29/11/2018
(Centre culturel Alban-Minville)





Pas toujours facile de jouer du Tchekhov, n’est pas Nikita Mikhalkov qui veut. Le risque est grand, recherchant l’âme russe, de noyer la pièce sous de pleins samovars de thé pris à l’ombre des forêts de bouleaux par des personnages ténébreux et exaltés vêtus de lin beige, portant chacun au moins trois patronymes et se les lançant à la figure à tout bout de champ dans un décor(um) slave suranné. Rien de tout cela dans ce Vania de By Collectif.

Du pur Tchekhov sans les mots de Tchekhov

Pendant qu’une femme cuisine, une voix s’introduit dans le théâtre. Des bribes de vie, des souvenirs, de l’intime : « L’odeur de la laque de ma grand-mère », « l’odeur de la terre », « l’odeur de la cuisine », « le bruit des pas de ma grand-mère »,« mon grand-père qui siffle », « j’ai dit au revoir à la maison avant de partir ». Le ton est donné. Le lieu existe déjà : une maison chargée de souvenirs et de vie. Celle où prend corps la pièce. Humanité. Naturel. Le décor est simple et ne fait pas couleur faussement locale. Sur le plateau dépouillé : une table, quelques chaises et une vaisselier garde-manger.
Les comédiens de la compagnie adaptent Oncle Vania d’Anton Tchekhov de façon originale. Comme le nom de la compagnie l’indique, pas de metteur en scène ici. En effet, la vision de la pièce n’y est pas l’œuvre d’un seul : après lecture, chacun a trouvé dans sa propre existence des événements analogues à ceux qui surviennent dans le texte. Des improvisations, du travail de plateau, une écriture collective et une nouvelle pièce qui nait. Pas forcément la lettre de Tchekhov, mais son esprit. Pas ses mots, mais la vie même.

« C’est affreux que je ne sois pas belle. »

A partir de l’œuvre russe, les comédiens décortiquent la famille, présentée ici à la fois comme un havre de paix et un champ de bataille. Les membres se rejoignent et font corps autour de la table. La famille en train de vendre la maison. Helena, la cuisinière, prépare une salade de fruits. Le frère Vania dort encore. La jeune sœur regrette de ne pas plaire. La mère se morfond. Le professeur ne se pardonne pas d’être vieux. Sa femme séduit les hommes. Une pièce profondément empreinte d’humanité. C’est là aussi, l’alcool aidant, que les langues se délient, que les complexes, les regrets, les conflits, les tensions, les rancœurs se font jour. Dans cet espace simple, la circulation est fluide. Plus de quatrième mur, les personnages rentrent et sortent de partout. Et sur le plan du jeu, les comédiens sont au rendez-vous et jouent vraiment ensemble. Il serait difficile d’extraire un comédien en particulier de cet ensemble homogène où chacun est à l’écoute des autres.
Un beau théâtre de l’intime. By Collectif mérite à présent une salle plus grande et davantage de public.

Stéphane Chomienne









Mise en scène : Julien Sabatié-Ancora
avec Lucile Barbier, Delphine Bentolila, Stéphane Brel, Nicolas Dandine, Magaly Godenaire, Lionel Latapie, Laurence Roy, Julien Sabatié-Ancora.
Aide à la dramaturgie : Anne Marie Merle-Béral (Psychiatre-Psychanalyste)
Création lumière : Michaël Harel
Mise en son : PolCast & Friends
Scénographie : Nico D

© Adrien Raybaud

29 novembre 2018
Centre culturel Alban-Minville