CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Vague Intérieur Vague// ThéâtredelaCité




TE SOUVIENS-TU DE TOI(S) ?


publié le 13/02/2020
(ThéâtredelaCité)





C’est dans la fumée que le Cub du ThéâtredelaCité a laissé apparaître les chimères des cinq danseurs de Vague Intérieur Vague, la dernière création de Julie Nioche, chorégraphe et ostéopathe, membre de la Cie A.I.M.E. Présenté par La Place de la Danse dans le cadre du Festival Ici&Là, ce spectacle de danse contemporaine porte l’ambitieux projet de traduire et incarner ces émotions et ressentis individuels qui constituent nos identités multiples.

Visions fantasmagoriques

Les lumières du Cub se sont éteintes progressivement sur le fond sonore d’un hypnotique bruit blanc. Une voix douce berce et guide jusqu’à l’explosion de feux d’artifice. Ça y est, le basculement a eu lieu. Désormais deux univers se distinguent : celui de l’imaginaire sensible, délimité par une scène blanche sur le plateau noir, et celui du réel tangible (à cour et à jardin), où l’on peut observer machinistes et musiciens à l’œuvre. À chacun·e donc de choisir, d’aller de l’un à l’autre, de s’offrir la possibilité de se mettre en retrait, à distance ou de plonger dans un océan de formes en mouvance. Au-dessus de la scène, une installation composée de tuyaux noirs desquels s’échappe de la fumée, véritable entité vivante et ondulante, convoquant à loisir une pieuvre, les boyaux d’une ville, ou encore les cordons ombilicaux d’un être suprême. Les danseur·euses se meuvent sous elle, exécutant avec un léger décalage les pas choisis par l’un·e puis par l’autre, évoquant cette beauté qui émane d’un banc de poissons voguant vers une même destination, recomposant sans cesse ce nœud d’individualités. La lumière est alors rasante, froide, la fumée s’étend, emplit tout l’espace, et le groupe finit par se désolidariser tout à fait. L’un·e après l’autre chacun·e des interprètes donne alors corps à un univers et une impression particulière : jeu ambivalent oscillant entre douceur et violence ; métamorphose et parade animale, dualité…
Un projet colossal, porté par une multitude de talentueuses personnes, qui peut pourtant laisser le spectateur se perdre dans un brouillard d’incertitudes.

Maestria en puzzle

Marqués par leur sobriété et avec une volonté d’intensifier les impressions recherchées sans les déflorer, les costumes rappellent parfois – malgré eux ? – des figures de la culture populaire issues des univers de Matrix, Star Wars ou Alien. Un aspect familier accentué par le dispositif fumée/tuyaux. Les corps sont traités avec une délicate intimité et une douce pudeur qui, dans un monde hypersexualisé, évitent de tomber dans la facilité d’un parti-pris trop usuel. La musique du spectacle est portée par Sir Alice et Alexandre Meyer, qui servent à merveille les images et ambiances en créant un univers post-rock aux accents électro. Une atmosphère évoquant larecrudescence pour les ambiances musicales de réalisateurs tels que John Carpenter, qui vaut à elle seule un concert à part entière. Mais la forme – un danseur, une atmosphère – peut rapidement trouver sa limite, s’étendre à en devenir indigeste et finir par lasser le spectateur, notamment, celui novice du genre. D’autant que Julie Nioche s’absout de toute narration, que chacun·e est libre alors de se raconter ou non une histoire, au gré des images et ressentis évoqués par les danses. Accepter le désir d’établir un sens, voire une critique de notre société, ou se laisser submerger par l’émotion sans chercher à l’intellectualiser.
Chaque média – utilisé avec un réel talent – pourrait exister indépendamment des autres et faire l’objet d’un article à part entière ; musique, machine et lumière se mêlent avec brio, mais la danse se place quelquefois en contrepoint, jusqu’à se dissocier de l’ensemble. La proposition semble alors plutôt choisir de se tourner vers un public très accoutumé aux codes contemporains et à même d’établir une corrélation entre ces éléments bigarrés.
Que l’entrée se fasse par la danse, les images sublimes créées par les lumières, les artifices et la machine ou encore la musique, le public est ainsi amené à se glisser par la porte qui lui parle le mieux, dans des univers sensoriels et émotionnels qui touchent à leur paroxysme en un final grandiose.

Renard









Conception et chorégraphie : Julie Nioche
Danseur.euses : Laurent Cèbe, Lucie Collardeau, Kevin Jean, Lisa Miramond et Laurie Peschier-Pimont
Musicien.nes : Sir Alice et Alexandre Meyer
Scénographie : Virginie Mira et Julie Nioche
Lumières : Yves Godin
Costumes : Nadine Moëc
Régie générale et construction : Max Potiron
Régie plateau et manipulation : Max Potiron et Marco Hollinger
Régie lumières : Gwendal Mollo
Travail d’ostéopathie : Gabrielle Mallet
En collaboration avec Pierre de Mecquenem, artiste du feu

4 et 5 février 2020
ThéâtredelaCité