CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Us et coutumes en Sauvagerie// Théâtre du Grand Rond




UN BON FORMAT POUR L’APÉRO


publié le 14/02/2019
(Théâtre du Grand Rond)





Nathalie Hauwelle et Joseph Racaille proposent de flirter avec l’idée du folklore le temps d’un apéro loufoque. Ils ont revu à leur goût la carte de la France, imaginant des fantaisies régionales à partir d’une carte littéralement déboussolée. La dérision y règne comme celle de la translation des extrêmes : la Bretagne est retoquée en Provence, les noms des régions divaguent, de la carotte maritime au Jusant du bas et du haut…
Ce moment de détente ressemble plus à un pot-pourri qu’à une conférence. Il est fait de chansons tissées sur le modèle de vieilles ritournelles répétitives, londi-londi-la, et de refrains folkloriques aux accents travaillés qui reprennent les récits sado-tragico-sexistes et autres savoureuses brimades et aventures de grand chemin. L’ironie, très communicative, chante la brutalité quotidienne autant que les coutumes étranges. Pour le bonheur des plus petits et des plus grands, les interprètes partagent leurs instruments : tambourin, cuillère, masque et coiffe de genre ; œuvres plastiques de tous ordres qui forment une petite exposition. La chanson est un espace de défoulement qu’il ne faut cependant pas trop faire durer : nous ne sommes plus aujourd’hui à l’époque du plaisir de la répétition, mais de la rapidité et du zapping. Souvent abrégés, les couplets exagérément nombreux d’autrefois sont réduits en pirouettes.
Les conférenciers, musicien et plasticienne, s’inventent une langue d’ethnologues de terrain et singent des personnalités aux caractères tranchés : le premier a un ton direct et placide, pince sans rire, la seconde cultive l’art de la grimace permanente et l’enthousiasme fait le reste. Emportée et véhémente, Nathalie Hauwelle part dans des coups de gueule, de colère et de transe que seule l’ethnologie artistique qu’ils imaginent au fil d’un échange sans queue ni tête peut expliquer. Voilà pour le côté sauvage. L’ensemble est un peu forcé et fabriqué parfois, mais dans la bonne humeur ; l’ambiance loquace et badine reste en-deçà d’une promesse de gesticulation sur l’ethnologie du futur. Le discours pourrait être plus construit sans perdre de sa générosité comique.

Suzanne Beaujour









De et avec Nathalie Hauwelle, Joseph Racaille

Photo DR

14 février 2019
Théâtre du Grand Rond