CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Une liaison pornographique// La Cave Po'




CET AMOUR-LÀ


publié le 05/03/2019
(La Cave Poésie - René Gouzenne)





Un cadre de bois est posé en bord de scène de la Cave Poésie. Un voile sombre est tendu sur ce cadre, deux comédiens se trouvent derrière ce voile : Elle (Nathalie Vidal) et Lui (Luc Sabot). Cette histoire de couple part d’un fantasme, ici féminin, et d’aucuns le prêteraient plutôt aux hommes : entretenir une relation purement sexuelle. Une relation intime d’où tout sentiment amoureux serait banni, une liaison pornographique où il s’agirait de ne pas s’attacher à l’autre, et donc de lui rester le plus inconnu possible, de ne lui donner aucune information sur soi : ni prénom, ni métier, ni histoire, ni famille… Avant que Sabrina Ahmed s’y intéresse, ce texte de Philippe Blasband a été adapté au cinéma par Frédéric Fonteyne, avec Nathalie baye et Sergi Lopez, c’était dans les années 90.

« Du sexe, rien que du sexe, rien d’autre que du sexe… »

Sur la petite scène de la Cave Poésie, Nathalie Vidal et Luc Sabot font, pendant une heure, le récit de cet amour singulier. Ils n’ont pas besoin de se séduire pour coucher ensemble. Le public les suivra dans leurs différents rendez-vous entre salles de café et chambres d’hôtel.
Ça commence dans la pénombre, les visage simplement éclairés, les voix d’autant plus mises en valeur. Les pensées des personnages sont amplifiées et enregistrées en off. On suit avec intérêt cette relation jusqu’à sa fin. A la différence des célèbres amants de Sur la route de Madison, autre récit sur le renoncement amoureux, les amants d’Une liaison pornographique mettent fin à leur relation sans qu’aucun élément extérieur ne les y pousse. Une affaire de cadre fixé, à ne pas dépasser.

Une mise en scène intimiste

La mise en scène de Sabrina Ahmed est efficace, tout y est sobre et délicat. Elle pose un regard sensible et respectueux sur ses comédiens. L’efficacité de la pièce provient du fait que les spectateurs ont accès au point de vue des deux personnages. Évidemment, la mise en scène ne prend pas parti entre les deux protagonistes. Le dispositif scénique et la proximité spatiale avec les comédiens font qu’on se sent proche des personnages et très vite concernés et touchés par cette histoire. Il s’agit de rentrer progressivement dans une intimité. Selon les goûts, l’écriture de Philippe Blasband convaincra plus ou moins – une plume un peu prosaïque, quelque chose comme un manque de profondeur –, mais les comédiens sont tous deux remarquables et jouent au mieux cette partition inachevée pour amour mécanique.

Stéphane Chomienne









Texte de Philippe Blasband
Mise en scène de Sabrina Ahmed
Avec Nathalie Vidal et Luc Sabot
Création lumière Rémi Godfroy
Création sonore Géraldine Belin
Construction et machinerie Vincent Roussel
Technicien son Nicolas Sentenac
Vidéo Adèle Edwards & Charles Bivort & Sabrina Ahmed

photo DR

21 au 24 octobre 2020
La Cave Po'