CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Ulysse, l’Odyssée, l’Iliade et surtout l’Odyssée// Théâtre du Grand Rond




UNE ÉPOPÉE "DE OUF"


publié le 20/10/2019
(Théâtre du Grand Rond)





Pour sa nouvelle création en coproduction avec le théâtre du Grand Rond, la compagnie Rhapsodies Nomades emprunte les pas d’Ulysse, pour un périple tout en marionnettes et en bricolages abracadabrantesques. Ulysse, l’Odyssée, l’Iliade et surtout l’Odyssée, qui prend appui sur le texte d’Homère, tente de faire vivre aux jeunes et moins jeunes le long voyage du roi d’Ithaque jusqu’à ses terres d’origine.

Conte en bric-à-brac de papier mâché

La compagnie s’était déjà frottée il y a quelques années au Voyage au bout de la nuit, de Louis Ferdinand Céline (voir ici), elle n’est donc pas à son coup d’essai en matière d’adaptation littéraire. Pendant une heure, les deux comédiennes Chloé Desfachelle et Leslie Sevenier s’attaquent donc à ce mastodonte de la mythologie grecque, avec humour mais sans pincettes. À travers cette forme contée, le défi sera de confronter marionnettes et grand classique de la littérature. Mais aussi (et surtout !) de faire vibrer les plus jeunes. « Vous êtes prêtes ? », lance le régisseur installé sur le plateau depuis l’entrée du public – ou peut-être depuis la nuit des temps ? Le duo féminin sort de sa cachette, et… « Sur le mont Olympe, là où vivent les dieux… ». C’est ainsi que démarre cette Odyssée à bout de souffle, le livre d’Homère en mains – bien vite abandonné. Avec la complicité de leurs multiples marionnettes qui semblent sorties de terre, les trois compères parviennent à narrer chaque étape de cette épopée, orchestrée à vue par le régisseur.
Les trouvailles plastiques, esthétiques et techniques sont nombreuses et ingénieuses : parapluie lumineux qui évoque les constellations ; « malle à tableaux » pour raconter les facéties de la douce-amère Circé ; agitateur à aimants pour créer, littéralement, une tempête dans un verre d’eau. Et bien d’autres surprises pleines de fumée et d’intensité spectaculaire, placées sous le signe de la débrouille.

Rafistoler la mythologie

Pas toujours gaies et souvent capillotractées, les pérégrinations d’Ulysse sont parfois tournées en ridicule (« bon, quand est-ce qu’il rentre chez lui, Ulysse ? »). La guerre de Troie se joue sur fond de musique techno, et les Vaches du Soleil se cuisent en steak haché sur un réchaud de camping. Mais c’est une histoire qui se prend au sérieux, et l’écart est comique. Changements de décor, réajustement des lumières, production des bruitages au micro : les ficelles apparaissent sans que la magie ne disparaisse. C’est toute la machinerie du théâtre qui s’opère à vue. La présence du régisseur sur la scène va dans le prolongement de cette tentative de distanciation.
Malgré une manipulation des marionnettes parfois imprécise, les (très nombreux) personnages parviennent à prendre vie. L’univers végétal qui se dégage de ces marionnettes, mêlé à l’énergie imposante des deux comédiennes, fait du voyage d’Ulysse un « spectacle fouillis », flirtant tout de même avec l’embrouillamini. Cette Odyssée revisitée s’avère en effet très bavarde, brouille les pistes en laissant parfois le public sur le bord du chemin, ou seul face à la tempête. Le rythme, soutenu, semble se perdre dans la surenchère. Peut-être rêverait-on de prendre davantage le temps pour accompagner Ulysse sur la route d’Ithaque ? Gageons que les curseurs d’énergie et de tempo de cette toute jeune création trouveront leur dosage au fil des représentations.
Prendre le temps de savourer ces belles trouvailles, ces images faites de bric et de broc qui évoquent un théâtre du subterfuge et du système D, déguster le burlesque qui s’en dégage – et surtout, (re)voir l’Odyssée avec des yeux d’enfants.

Lucie Dumas









Durée : 1h
A partir de 7 ans
Compagnie : Rhapsodies nomades
De : Homère
Mise en scène : Marie Vidal, Chloé Desfachelle
Avec : Chloé Desfachelle, Leslie Sevenier, Gaby Bosc
Collaboration à la scénographie : Antoine Bersoux, Thierry Capozz

© Paul Roquecave / Le Clou dans la Planche

16 au 26 octobre 2019
Théâtre du Grand Rond