CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Turing Test// Le Foulon (Graulhet)




ERREUR SYSTÈME


publié le 11/11/2019
(Mix'Art Myrys)





C’est dans le cadre du festival Libre, événement réunissant une multiplicité de formes artistiques (arts visuels, théâtre, danse…) toutes liées par leur singularité et leur marginalité, que les robots et les artistes de la compagnie Nokill ont envahi la scène de Mix’Art Myrys avec leur dernière création Turing Test.

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C’est dans un fatras de câbles, de cartons, de machines diverses et variées que s’inscrit le premier volet de cet OVNI qu’est Turing Test. Loin d’un imaginaire futuriste évolué, la mise en scène soigneuse offre un véritable laboratoire de recherches et d’assemblage robotique, dans une forme de « rétro-présent ». Sous les doigts soigneux de Léon et Bertrand Lenclos et Fabien Carbo-Gil – les trois entités humaines du spectacle – des robots à l’apparence et aux formes variées, à défaut de prendre vie, actionnent leur programme les uns après les autres, exprimant leur goût en matière de décoration, leur douleur, et même leur pensée. La volonté des trois chercheurs ? Fabriquer une machine capable de passer le test de Turing – comprenez : qu’on ne pourrait dissocier, au cours d’une discussion virtuelle, d’un être humain. Les dessins de Léon Lenclos s’animent sur la toile, tandis que Fabien Carbo-Gil et Bertrand Lenclos actionnent câbles et diodes colorées, pour créer un univers sonore à mi-chemin du 8-bit et de la musique électronique.

– Tu es un homme.
– J’ai oublié.
– C’était ton premier jour.

Turing Test est un projet porté par des personnes aux parcours hétéroclites et éloignées du monde du théâtre. Leurs connaissances et savoir-faire allient informatique et technologie au dessin et à la musique. Cette palette nourrit le spectacle d’un caractère loufoque et excentrique, tout en s’affranchissant de la notion de jeu d’acteur ou d’un rythme général qui aurait pu être plus soutenu. Les lumières viennent appuyer les ambiances instaurées et une grande attention est portée au travail du son. Les musiques créées ainsi que l’amplification sonore de certains détails (grattement du feutre sur une feuille, écoulement de la machine à café, etc.) plongent le spectateur dans un monde acoustique inhabituel. Un univers exacerbé qui rend compte de ce laboratoire de recherches. Une certaine poésie se dégage des interventions d’Alan – le robot parlant – et vient rappeler cette problématique du langage liée à l’intelligence artificielle. Cette thématique, pourtant au cœur du programme, tend à se perdre dans la monstration de ce florilège d’inventions. Incontestablement, une réelle magie se dégage de ces robots qui s’animent les uns après les autres et de cet univers dans lequel l’usage ordinaire des objets de notre quotidien est détourné, mais est-ce suffisant pour convaincre le spectateur curieux et avide d’un fond plus pertinent quant aux thématiques annoncées ? En effet, le spectacle s’ancre dans notre ère et est de fait soumis aux avancées technologiques existantes. À l’heure des robots-chiens capables de jouer au foot ou du robot Geminoid F – imitant les expressions humaines et capable d’effectuer des tâches simples –, les animatroniques présentées, s’ils sont ingénieux et ludiques, sont bien moins convaincants en matière de mimétisme et décalent le spectacle à côté de la problématique annoncée.
Turing Test s’inscrit dans ces spectacles pluridisciplinaires atypiques qu’il est difficile de décrire, qui ne sont pas portés par une narration, mais par une véritable passion pour cette époque de pixels et de sons 8-bit ainsi que par cette éternelle question : l’humain pourra-t-il s’ériger en Dieu et créer, un jour, une machine à son image ?

Renard









Conception, interprétation : Fabien Carbo-Gil, Léon Lenclos et Bertrand Lenclos
Technique : Francis Lopez

© DR

11 novembre 2019
Le Foulon (Graulhet)