CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Trinidad// Jardin Monplaisir (Cave Poésie)




J'AIME BEAUCOUP CE QUE VOUS FAITES


publié le 01/06/2019
(Jardin Monplaisir)





Pour qui connaît le travail du Muerto Coco ou du Label des Cousins Crétins, collectifs de poètes actuels, grands gourous du cheap et ambassadeurs des licornes sans frontières, ce spectacle paraîtra presque conventionnel. Pourtant, dans sa simplicité apparente, ce trio poétique se trouve comme à l’orée de l’univers de ces artistes tout-terrain, de leurs expérimentations. En réalité, Trinidad serait comme une forme épurée ou primitive de leurs créations suivantes.

C’est très…

L’intention première est bien la même : faire entendre des auteurs vivants (ou presque) de poésie contemporaine ; les outils sont en partie les mêmes : voix, partitions, instruments de musique, une bonne dose d’audace grinçante et de crétinisme joyeux. Dans ce cocktail de textes on retrouve, parmi les auteurs, Jacques Rebotier, Noëlle Renaude, Christophe Tarkos, Ernst Toch…, qui fournissent au trio un riche menu. Parlant de géographie, d’espaces sociaux et de leur codes absurdes, de sensations venteuses, de phrases-type entendues au sujet d’une œuvre d’art, d’une représentation, de critiques, ce réservoir de textes qui sont parmi les premiers coups de cœur de l’équipe, se présente avant tout comme un support de poésie sonore, vagabondant de véritables partitions musicales de spoken word en improvisations musicales, en passant par des pièces scandées ou des contrepoints rigoureux.
Les textes en duo à l’unisson mélodique et rythmique, extrêmement synchronisés, sont toujours aussi impressionnants et fonctionnent, parce que parfaitement parallèles. Une synchronisation qui trouble, qui parle du duo en lui-même, d’une identité partagée et pourtant différente, de deux personnes qui disent la même chose sans sembler se comprendre.
De son côté, le musicien réagit aux textes des deux complices ou prend la parole dans son coin, complétant les parties verbales ou assurant leur transition, déployant la part mélodique de cette poésie, donnant le ton, déroulant souplement des phrases alambiquées ou installant des harmonies particulières, avec ce timbre de la clarinette et de la clarinette basse qui se mêlent bien à la voix.

C’est à la fois… et en même temps…

L’objectif semble atteint : présentés sous cette forme, les textes qui peuvent être plus ou moins hermétiques au public passent avec naturel et fluidité, grâce au ton léger et à l’interprétation exigeante du trio. Le cadre y est pour beaucoup également. Projet portatif suivant la volonté de faire sortir ces textes de leurs pages et des murs entre lesquels on aurait tendance à les entendre, Trinidad se veut forme nomade, légère, sans autre scénographie que celle du lieu, sans trop d’artifices ni de costumes. Au premier rang : la poésie sonore, la musicalité du verbe.
Le jardin Monplaisir étant déjà bien agréable et n’étant pas le lieu le plus insolite dans lequel Trinidad ait été invité, le jeu avec le paysage reste donc simple, bien que présent. Chaises longues pour le public, deux-trois projecteurs vers le feuillage des arbres, le trio convie le public à partager leur plaisir de jouer dans un espace tel qu’il est. Sans changer toute la mise en scène pour lui tout de même – il ne faut pas exagérer ! -, mais en lui prêtant attention, en jouant avec les brins d’herbe et l’écorce des arbres, en s’installant sur la table de pique-nique et en saluant les trains qui passent, le trio se met au diapason du lieu pour offrir un moment à mi-chemin entre la lecture et le concert. Et en toutes circonstances, parce qu’ils aiment créer du lien avec le public et instaurer un rapport de proximité intime ou festif, ils offrent à leur sympathique assemblée Champomy et chips bon marché (parce que c’est écrit dans le descriptif du spectacle). Trinidad a beau faire partie des premières créations du Muerto Coco et ne plus tourner autant que les autres, rassurez-vous : les chips offertes sont toujours aussi bon marché !

Gladys Vantrepotte









Avec Maxime Potard, Raphaëlle Bouvier et Roman Gigoi
Production : Détachement international du Muerto Coco

© Jean E. Roché / Citron jaune

1er juin 2019
Jardin Monplaisir (Cave Poésie)