CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Trajet-dit// Le Ring




UN TRUC DE FILLES


publié le 16/01/2020
(Le Ring)





Sur les planches du Ring, la cie Nansouk propose Trajet-Dit, un spectacle créé en 2018 et rejoué dans une nouvelle distribution. Une création à la genèse originale, issue d’un travail de collectage de paroles, qui interroge la femme et sa représentation dans la société contemporaine. Avec humour et quelques grincements de dents, entre musique, jeu et chant, Trajet-Dit brosse des portraits dont les nombreux fragments ont parfois tendance à l’éparpillement.

« J’ai longtemps cru… »

Surgie de derrière des panneaux noirs, une forme se dessine : bête ou ange ? « Une femme, c’est quoi ? Je voudrais être une femme » entonne cette figure de cabaret. « Construire sa vie c’est vouloir retenir de l’eau au creux de ses mains. Ça coule de partout » continue-t-elle, gouailleuse. Et c’est de cela dont il est question dans cette pièce signée Charly Blanche : de chemins qui sillonnent pour tracer autant de trajets de vie mis en lumière. Les quatre comédien·nes se font tour à tour petite fille modèle, poupée formatée, souffre-douleur ou encore femme coquette en conquête : mille facettes dessinant le kaléidoscope d’un féminin interrogé, tiraillé, revendiqué, bâillonné, sublimé. Ces histoires-là renferment les tabous, les fantasmes, les manques, les croyances, les injonctions, les transmissions comme autant de chuchotis aux oreilles des filles. Des filles qui chantent, qui dansent, qui pleurent, qui rient et qui rêvent. Des femmes vivantes qui osent parfois sortir du cadre, s’imaginent rêver aussi grand que les pères, les frères, les maris. De ces fragments de vie, de ces portraits éclatés émergent le rire d’une amie, les yeux d’une mère, le caractère d’une grand-mère, ravivant dans le cœur du spectateur le souvenir de femmes croisées, aimées, admirées.

Histoires d’icônes

Par son talent tant du côté de la comédie que de la chanson, Charly Blanche incarne à elle seule cette femme multiple qu’elle tente de convoquer au plateau. Une tentative qui manque pourtant parfois de clarté. Du travail de collectage réalisé par la cie Nansouk, pour constituer la base de départ de cette création, peine à émerger un vrai propos. Si le titre qui se joue de l’homophonie expose clairement l’idée de raconter des histoires de vie, qu’en est-il de cette tragédie qu’il induit ? Un double sens perdu dans le trop-plein de propositions scénographiques et narratives, pourtant originales. Car Trajet-Dit regorge d’ingénieuses trouvailles, tels ces panneaux de décor qui, au gré des oscillations, se font ardoises d’école, murs où exprimer les colères, miroirs des danses de séduction. Charly Blanche, dans sa scénographie, multiplie les images originales pour souligner son discours. Mais c’est peut-être dans cette multiplication que le propos se brouille de temps à autre, ainsi que dans quelques choix parfois faciles ou incongrus. « Je veux montrer toutes les vies, ces petites vies de femmes » précise la comédienne et metteure en scène dans une de ses prises de parole. Si l’intention est louable, peut-être aurait-il fallu accepter de renoncer à certaines de ces histoires, aussi intéressantes soient-elles, pour conserver la force que le propos initial semblait contenir ?
Malgré la belle énergie déployée au plateau, la surprenante beauté d’un chant s’élevant et la force de certaines images, Trajet-Dit laisse le spectateur venu chercher le chamboulement un brin désorienté.

Véronique Lauret









Mise en scène, Scénographie : Charly Blanche
Réalisation : Dario Sajeva
Interprétation : Hélène Hiquily, Franck Garric, Charly Blanche, Coline Lubin
Création bandes son : Joackim Larroque, Corentin Ternaux
Création Lumière : Frédéric Stoll
Régie Lumière : Dario Sajeva
Création costumes : Philippine Panier

10 au 12 janvier 2020
Le Ring