CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

The Rock Machine// Théâtre du Grand Rond




DOES HUMOR BELONG IN MUSIC ?*


publié le 18/10/2018
(Théâtre du Grand Rond)





The Grand-Rond is sold out ! Après le très émouvant Delirium du Papillon et la très délirante Petite histoire qui va te faire flipper ta race (tellement qu’elle fait peur), Emmanuel Gil, alias Typhus Bronx, et Marek Mastelnik, metteur en scène des spectacles cités, reviennent rue des Potiers. The kids are back in town !
Des habitués des lieux, donc, mais cette fois, ils échangent leurs rôles, Emmanuel Gil met en scène son metteur en scène. Dans The Rock Machine, Marek Mastelnik interprète le rôle de Mike Stargnight, un chanteur anglais, une rockstar en concert à Toulouse.

Mike Starnight, Live at the Grand-Rond

Les soli de Typhus nous ont habitués à une belle qualité, avec des spectateurs transportés entre les rires et les larmes pour le premier, les rires et les cris de peur pour le second. Ce mélange particulièrement original et virtuose fait l’intérêt de formes toujours très poétiques et sans surprise, il en va de même avec The Rock Machine.
Clone d’Elton John ou de Noel Callagher d’Oasis, Mike Starnight se met au piano et interprète énergiquement « Pinball Wizard », la chanson des Who tiré de l’opéra-rock Tommy. Ce pourrait être un simple concert, sauf que l’énergumène arrête son tour de chant pour interroger son public – un public qui ne connaît rien aux Who (à l’exception d’un unique spectateur !) et dont le répertoire se limite à « Hey Jude » des Beatles ; un public qu’il ne juge pas à la hauteur de son talent. La vedette dialogue et tente d’entrer en connexion avec ledit public. S’en suit une longue – trop longue ? – séance de transe collective où Mike Starnight devient une sorte de gourou hindou, entreprenant de faire chanter « Give Peace a Chance » de John Lennon, qui se transformera en un refrain inattendu.

« J’imite Lou Reed mieux que Lou Reed »

The Rock machine est un vrai faux concert. Le spectacle est partagé en deux : d’un côté, les tentatives désespérées d’une star de rock ratée (en tournée à Toulouse…) pour entrer en communion avec son public – et sachez-le, ce Mike Starnight mégalo et acariâtre est absolument hilarant. Le chanteur se prend les pieds dans le tapis, s’emmêle dans son fil de micro, boit, fume, prend la pose, méprise son public et le personnel du théâtre. Son spectacle se fissure, son piano se déglingue, son synthétiseur produit des sons de plus en plus cheap. Un vrai suicide musical. Mais à plusieurs reprises, Mike Starnight se remet au piano, la musique reprend le dessus et les rires des spectateurs s’éteignent progressivement. La pièce se fait concert. Mike Starnight redevient chanteur et nous offre des interprétations très originales et très réussies de célèbres chansons rock – au répertoire, David Bowie, Lou Reed, Freddy Mercury et Joe Strummer. Un tour de chant qui témoigne d’un amour et d’une vraie connaissance de la musique.
Une parodie musicale, c’est délicat. Soit ce n’est pas drôle, soit ce n’est pas musical. Ce spectacle parvient à être ceci comme cela et parfois, en même temps. The Rock Machine apporte assurément une réponse positive à la question de Frank Zappa.

Stéphane Chomienne









*Titre d’un album de Frank Zappa (« L’humour a-t-il quelque chose à voir avec la musique ? »)

 

Compagnie : Mike Starnight
De : Marek Kastelnik
Mise en scène : Emmanuel Gil
Avec : Marek Kastelnik
Collaboration artistique : David Bowie

 

 

13 au 17 octobre 2020
Théâtre du Grand Rond