CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Tentatives d’épuisement / Saison 2// La Cave Po'




GASPARD, SCÉNARISTE DE L'ACTUALITÉ


publié le 11/10/2020
(La Cave Po')





« Le virus circule moins vite,
mais malgré tout de plus en plus rapidement. »
Olivier Véran sur France Inter

 

C’est la saison 2 de Tentatives d’épuisement, revues de presse mensuelles de Gaspard. Comédien et auteur d’instants de plateau, formé entre autres au théâtre du Hangar et au Ring à Toulouse, il invente une écriture de plateau au sein du collectif Hortense et en solo depuis plus de cinq ans. À la façon du stand-up, et non d’un exercice d’exhaustivité à la Perec, il produit sur la scène de la Cave Po’ une lecture choisie et personnelle des détails de l’actualité d’un mois de vie sociale et politique française ; pour y déceler une formule, un logarithme. En septembre, fugue de Bach au programme et contradictions de comptoir. Ainsi, une soirée par mois, il se soumet à l’exercice après avoir écumé radios, épluché journaux et évidé les sites de l’information hexagonale. C’est un sondage, au sens géologique, une vision en coupe d’où Gaspard tire phrases saillantes, humeurs dominantes, événements marquants notoirement historiques, faits législatifs et débats en cours. Jouée ou commentée, l’actualité y devient une matière littéraire et théâtrale : extraits donnés en play-back, exercices du groupement de textes, jeux des références, échos et reprises, figures de style en vogue, métaphores filées toujours de bon goût, propos intimes, lyriques, voire pathétiques des grands de ce monde sur une musique qui donne le ton à l’ensemble, servis secs mais frappés, à l’apéro.

Bons plans

Seul sur scène, Gaspard s’est donc créé un ami imaginaire, personnage fétiche : son calculateur de données en lien avec le savoir humain total, Tirésias, robot sensible ; et donne souvent aux spectateurs des nouvelles de son partenaire de travail domestique, son chat, Méphisto. Il a une relation évidemment privilégiée avec la panoplie des médias de tous poils et leurs invités, stars du PAF et du monde politique : personnages en effet, ils le sont tous dans la fiction qu’il a distillé pour le public fidèle et hilare du début à la fin du spectacle. Il invente la revue de presse d’auteur, use de la rafraîchissante liberté de lire l’actualité et les événements comme un critique de cinéma. Car, il ne faut pas se méprendre sur le récit des faits qui gouvernent la société, c’est un discours pensé, orchestré et organisé pour qu’on y croie. Dramaturgie, donc. Tout est là. Gaspard part du principe que tout est comédie et poursuit la logique du divertissement, de l’attente au coup de théâtre — ce n’est pas sans rappeler le complot, puisque l’intention cachée est devenue une grille de lecture si courante aujourd’hui. Mais telle n’est pas l’hypothèse, puisque la littérature n’est qu’une image fabriquée ; l’idée, c’est que les dirigeants sont en réalité des comédiens assignés à vie dans des rôles écrits par des scénaristes, toujours en peine de trouver une suite pour rebondir et tenir en haleine. Pour cela, il faut des outils à la mesure des données, pas seulement de bons dialoguistes. Il faut pouvoir maîtriser toute l’actualité et même l’ensemble des connaissances. Tirésias est en quelque sorte le maître du temps et des événements, et son humeur peut modifier le cours des décisions prises par les dirigeants, le choix de l’info phare qui se maintiendra dans les titres plusieurs jours durant.

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Gaspard Chauvelot surfe sur le décalage permanent que son commentaire dramaturgique donne aux informations. Enchaînant avec une dérision mordante les citations, les extraits d’interview, les faits en regard des décisions, il arrive à souligner le ridicule, l’absurde et la mauvaise foi comique induits par les tons graves, grandiloquents et sérieux, empruntés lourdement par les orateurs du pouvoir. Il redouble le travail des journalistes et promeut en même temps une science de l’écoute de pleine conscience. Car, oui, avant qu’on ne les détourne et les déforme, avant que le public ne soit blasé (le cerveau tapissé de formules toute faites qu’il ne relève plus), les mots et les faits avaient du sens et on peut le retrouver si on s’en donne la peine ! On peut sortir de cette mauvaise soupe quotidienne et s’ouvrir à l’effarement de ce qui se dit et se lit, de ce qui se décide enfin, toujours avec le consentement des citoyen·ne·s — mais de plus en plus violenté. Dernièrement, on nageait dans une fuite de cohérence flagrante où surnageait une grande promotion de jolis paradoxes et contradictions. Faut-il en déduire que la logique et le sens du commun ne sont absolument plus les buts poursuivis par ce gouvernement ?

Suzanne Beaujour









De et avec Gaspard Chauvelot
Coproduit par la Cave Poésie et l’Espace Culturel de l’Université Toulouse 1 Capitole
Prochaines dates du 4 au 7 novembre, à 19h

© DR

Le 29 septembre 2020
La Cave Po'