CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Susurrer des bricoles// Théâtre Sorano




BRICOLER DES MURMURES


publié le 12/02/2020
(Théâtre Sorano)





« Quatre ans que je n’ai pas fait de concert », confie Pascal Sangla au public dès les premières minutes. Quatre ans au cours desquels il a notamment participé à plusieurs créations des Chiens de Navarre en tant que comédien, composé pour le cinéma – Pupille de Jeanne Herry, pour lequel il a été nommé aux Césars –, collaboré avec ARTE Radio et France Culture, et signé deux albums – Une petite pause et À la fenêtre. Complice musical et de jeu de Clothilde Hesme dans Stallone de Fabien Gorgeart présenté au Théâtre Sorano à l’automne 2019, cet artiste protéiforme revient sur une scène qu’il affectionne particulièrement pour une carte blanche musicale, tendre et espiègle. Accompagné de sa « bande de copains » et de deux actrices, il jongle le temps d’une soirée entre compositions personnelles et mise en musique des mots des autres. Susurrer des bricoles : tendre l’oreille et prendre le temps de la poésie.

« Viens à la maison »

« Tout de toi m’étonne et m’émeut ». Premières notes au piano, seul en scène, atmosphère intimiste : simplicité à fleur de voix. Les mots de Louis Calaferte et leur mélancolie amoureuse roulent dans la bouche du chanteur-compositeur, vagues de velours. Puis, les complices s’installent derrière les instruments : batterie, percussions, clavier, guitares et basse prennent vie. Les quatre compères se retrouvent pour une version folk d’Awake my soul, avant que les comédiennes Florence Viala et Romane Bohringer ne rejoignent la bande. Amour, solidarité et révolution se croisent et cohabitent dans les voix des trois interprètes. Ensemble, ils partagent le désir de porter les mots des autres – Robert Lamoureux, Marceline Desbordes-Valmore, Georges Moustaki, ou encore Serge Gainsbourg. « Je te chapeau bas », chante Pascal Sangla dans un hommage à Claude Nougaro qu’il présente au public pour la première fois. Il reprend avec un plaisir non dissimulé le fameux Déjeuner sur l’herbe du chanteur toulousain – qu’il aurait « tellement aimé écrire ». La voix chaude de Romane Bohringer donne aux morceaux des allures rock’n’roll, tandis que Florence Viala livre avec émotion une interprétation sensible et lunaire des vers de Pascal Sangla – « qu’elle vienne me voir la vie si elle a un problème, je lui expliquerai combien je… ». Perlé d’humour et d’humilité, le concert réserve de belles surprises, comme cette reprise en français du tube de Survivor, Eye of the tiger – née hors scène lors de la création de Stallone – ou encore, ce morceau composé pour un concours aux Trois Baudets. « Et nous avons gagné, c’est dire l’état de la chanson française », plaisante Pascal Sangla. Étonnante, cette capacité à écrire la pluie, à chanter l’eau vive et à faire sourire.

Bricoles nues

« Et comme on sait que ça console, alors, susurrer des bricoles… ». À la demande du poète-chanteur, l’auteure et comédienne Stéphanie Noël a écrit une chanson à partir de cette formule, extraite d’un texte de Louis Calaferte. Offerte au public lors du rappel, elle vient refermer cette page de murmures envolés et de mise en scène bricolée avec art. Un bricolage, oui, mais toujours assumé et orchestré avec adresse et sincérité, à l’image du talent de ce comédien si doué pour le direct.
Cette carte blanche émane d’un désir manifeste de partage, et c’est là toute la force de cette joyeuse bande. Pour Pascal Sangla, il s’agit de vivre un moment de musique avec ses amis – Yannick Sabarots, Christophe Sangla, et Pierre Sangla – et ces deux actrices qu’il admire. Mais aussi, de partager la joie des retrouvailles, la vivre et la célébrer en y invitant le public. Point n’est alors besoin de grands effets de manche : les voix et la générosité des interprètes suffisent à soulever la voile. Et puisqu’« une chanson traite mieux de l’actualité que les grands discours », Pascal Sangla profite également de ce concert pour témoigner de sa solidarité « avec ce qu’il se passe dans la rue » : sobre et percutant.
« Beaucoup de temps a passé depuis ma dernière chanson, j’ai repris les crayons », chante-t-il : Susurrer des bricoles, oui, mais avec l’innocence de la première fois.

Lucie Dumas









Avec
Pascal Sangla (composition, chant, piano)
Romane Bohringer (chant)
Florence Viala de la Comédie-Française (chant)
Yannick Sabarots (batterie)
Christophe Sangla (basse, guitares)
Pierre Sangla (percussions, claviers)

Son : Arnaud Clément

Lumières : Benoît Biou

6 février 2020
Théâtre Sorano