CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

SoliloqueS// La Grainerie




Le Stand Up 2.0


publié le 12/04/2015
(La Grainerie)





Le printemps s’installe doucement, et c’est à la Grainerie qu’il fait bon respirer le soleil ! Vous avez encore jusqu’au 19 avril pour profiter du festival Génération Grainerie et de ses myriades d’ateliers, de spectacles, de démonstrations… Parlons plus précisément de l’un d’entre eux : Soliloques de la compagnie Singulière, présenté dans le cadre de ce temps fort, plus précisément dans le cadre de « Méli Mélo », festival dans le festival, qui nous fait découvrir le cirque adapté aux personnes en situation de handicap, grâce à la Compagnie Par haz’Art. Vous suivez toujours ? Ainsi, ceux qui ont eu la chance de pouvoir assister à Soliloques ce samedi, ont eu l’occasion de découvrir, en première partie, une présentation de travail de cirque par des amateurs vivants avec des handicaps divers (trouble moteur, problème de mémoire, d’équilibre…)
Comme disait Jacques Brel : « Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est avoir envie de faire quelque chose ».

Artiste cinq en un !

Il faut dire que ça partait mal. Thomas Bodinier est venu plus tôt pour installer le matériel, mais les autres membres de la compagnie ne sont pas là. Injoignables. Thomas manque de se retrouver tout seul. Lui, il est fil-de-fériste, mais « c’est tout »… Et il n’a qu’un numéro dans le spectacle. Tout seul, ça risque de faire court… Surtout que son numéro est construit en miroir avec celui de Géraldine. Heureusement, il est drôle. Vraiment très drôle. Et talentueux. Vraiment très talentueux. Alors c’est parti : osons, pourquoi pas, puisque le public le veut… Jouer le spectacle entier, mais tout seul. Vaste projet, ambitieux, que seul un artiste « complet » (comme on se plaît à le dire) en est capable.
Avec un faux amateurisme, une maladresse parfaitement maîtrisée, il passe du fil au tissu, à l’acrobatie, à la danse, sans oublier l’équilibre, le tout dans un rapport au public à mi-chemin entre le clown et le stand up. Ce spectacle très bavard est bien loin du cirque traditionnel. Les membres de la compagnie vivent en appartement, c’est dire ! Mais ne vous méprenez pas, ce n’est pas du « nouveau Nouveau Cirque », parce que tout le monde « garde ses vêtements ».

Drôle, mais pas que…

Alors oui, on est plié de rire d’un bout à l’autre, mais le spectacle ne s’en tient pas là. Malgré (ou grâce à) l’absence des autres circassiens de la troupe, il questionne la place de l’artiste sur scène, celle de la parole, du geste, la place du cirque dans la société, la place de la société dans l’art, du rapport au public, au citoyen, au monde. Il est important de noter également qu’il est accessible aux sourds, puisque le spectacle est entièrement signé. La traductrice a été habilement intégrée au spectacle, et en devient un élément à part entière, qui permet de le rendre accessible, mais aussi de découvrir la portée théâtrale de la LSF. Les esthétiques abordées sont diverses, et Soliloques est un voyage à travers le cirque, les arts de la rue, le hip-hop, la capoeira. C’est une œuvre très riche, tant sur le plan de sa réflexion, que sur celui de son exécution, qui trouve aisément sa place dans le cadre de ce festival, lequel se doit d’exister encore longtemps parce qu’il donne espoir, plaisir, envie.
Thomas Bodinier est un artiste comme il en existe peu, qui nous fait exister une troupe entière à lui tout seul. On a envie de le croire et de le suivre dans ce voyage un peu fou, et de découvrir cet univers incroyable. L’humour y est absurde et intelligent, toujours juste et en finesse, accessible à tous. Ce stand-up 2.0 redonne ses lettres de noblesse à l’art du rire, et sublime le cirque en le questionnant. En espérant que Mélissa, Géraldine, Luiz, Frank et Marcel ne viendront jamais briser ce moment de grâce.

Morganne Reignier









avec Mélissa Vary, Géraldine Niara, Luiz Ferreira, Franck Dupuis, Thomas Bodinier et Marcel Vérot
SPECTACLE BILINGUE LSF

© DR

12 avril 2015
La Grainerie