CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Sale Pierrot// Le Bijou




FAMILIER


publié le 10/01/2013
(Le Bijou)





Entre de récentes incursions folk-rock, klezmer ou encore l’invasion d’un groupe vocal, ça faisait un petit moment : v’là une formation accordéon/contrebasse/guitares/textes de retour au Grand Rond (et désormais au Bijou) pour passer l’heure de l’apéro en chansons, avec le groupe Sale Pierrot – et donc sous l’égide du poète libertaire que fut Gaston Couté, ce Gâs qui a mal tourné (auquel s’intéressait Didier le Gouic il y a quelques temps en ce lieu même). Ce sont toutefois leurs propres compositions que portent les quatre musiciens et « brailleur(s) débraillé(s) » du groupe.

« Tous les vers qu’on écrit on finit par les boire »

Les amoureux des textes bucoliques et pittoresques n’ont rien à craindre, il y a encore des artistes pour les mettre en portée, et pas des croulants. De jeunes plumes aimant, comme Couté, faire des bleus à coup de baisers ardents sur une peau couleur pervenche, chanter la cour d’un berger à une belle ou encore rouspéter contre les romances épistolaires. La révolution, comme annoncé? Point trop. L’alcool? Y’en a. Les femmes? Pour sûr.
La référence au poète de l’entre deux siècles raconte finalement beaucoup, à l’exemple de la très identifiable allure des quatre compères – bérets, gilet sans manche… tout un programme. On s’en doute, nul ici ne se sentira perdu, et on plonge dans une chanson française aux rythmes et accents familiers, sautillante, ni contemplative ni nerveuse : d’un fluide agréable, qui s’écoute comme se boit la mousseuse de 19h – sans hésitation, sans excitation particulière non plus.

Affaire de papilles

C’est encore lorsque les compositions s’infléchissent vers des genres musicaux estampillés danse ou musique du monde que Sale Pierrot pique le plus l’oreille – en particulier ce joli tango bien troussé, où la niaque du chanteur et des musiciens se révèle. Car on les voudrait plus intempestifs et impertinents encore, ces trousseurs de textes, plus déraisonnables. Tant qu’à osciller de loin entre des références telles que Gainsbourg, Gaston Couté et Patrick Font, autant aller y puiser franco une verve à même de satisfaire les moins amoureux de ce genre de formation instrumentale. La gouaille et l’indécence canaille, ça vous métamorphose n’importe quelle couleur musicale.
Le brin de fatigue de l’oreille cloutesque envers une certaine chanson française à bretelles ne doit pas occulter le plus important : ces quatre-là se défendent parfaitement, sont au point et dans leurs compositions et dans leur présence scénique, des plus sympathiques car véritablement collective – sans oublier l’aisance verbale et théâtrale de l’olibrius au micro.
D’où une volonté de conclure par une sale pirouette : il y a dans ces « amours tendres (et gueules de bois) » toutes les qualités pour ravir les amateurs du genre – et même charmer, ici et là, au gré de saillies plus relevées, quelques rouspéteurs.

Manon Ona









Avec Gautier (guitare), Corentin (accordéon), Valentin (contrebasse), Benoît (chant et guitare).

© Mona / Le Clou dans la Planche

10 janvier 2013
Le Bijou