CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Pour Hêtre// L'Escale - Tournefeuille




SOUS LA CIME DES ARBRES


publié le 23/10/2020
(L'Escale - Tournefeuille)





« Elle savait que les arbres parlaient à ceux qui veulent bien les écouter. 
Il suffit parfois de tendre l'oreille pour saisir les murmures du monde »
Être ou ne pas hêtre - Frédérique Elbaz

 

Alors que l’annonce des nuits prolongées chez soi vient de paraitre, le public est convié à venir un peu plus tôt s’installer sur les fauteuils de l’Escale à Tournefeuille. Ceci afin de se retrouver et de pouvoir profiter encore de la programmation de la saison, et notamment de ce spectacle, Pour Hêtre, proposé par la compagnie Ieto. Ieto ? C’est une bande d’artistes acrobates et circassiens, d’artistes de la rue et de techniciens passionnés. Pour leur dernière création, Itamar Glucksmann et Fnico Feldmann se retrouvent sur le plateau sous l’œil de Benjamin De Matteïs, pour rendre hommage à cette matière qui entoure le monde et qui le construit : le bois. C’est un spectacle qui réunit les plus petits et les plus grands, un spectacle prometteur, sous le signe d’une grande légèreté.

Promenons-nous dans les bois…

Sur le plateau, le hêtre est là : un grand tas de bois, avec des bûches et des branches longues et lourdes, des troncs entiers polis. Sous ces matériaux, les êtres apparaissent, et prennent vie. C’est une balade au fil de séquences imagées et métaphoriques : le plateau se transforme, se construit et se déconstruit grâce à l’agilité des deux performeurs. Ici, c’est un feu de bois qui apparait grâce à la danse des deux corps enfouis dans les buches ; là, une forêt qui prend vie grâce à l’équilibre de chaque morceau, qui menace de s’effondrer à chaque instant; là encore… des fleurs qui éclosent des bras d’un voltigeur perché en haut de son arbre. Très vite, les corps et le bois se mettent à jouer et à créer ensemble. Ils sont aidés par le travail de lumière simple, chaud, qui permet de créer des ensembles ou de nouveaux petits espaces à l’écart. Il y a aussi une bande-son originale et minimaliste qui s’arrête quelquefois pour laisser place au silence, aux sons des corps, des souffles et du bois.
Le duo s’amuse à créer des déséquilibres possibles et des moments chorégraphiés au cordeau. La complicité, l’amitié et l’humour apparaissent en filigrane tout le long du spectacle. Entre compétition des plus beaux numéros de voltige et démonstration de force, les deux êtres humains provoquent le rire des plus jeunes et la frayeur chez les autres. Cependant, la bienveillance mutuelle et l’écoute profonde de l’un envers l’autre surpasse tout. Elles permettent aux acrobates un dépassement de soi et de donner une émouvante légèreté à cette création. Le public peut ainsi savourer pleinement leurs moments de grâce et de communion.

…. Et prenons de la hauteur !

Le grand travail de ce spectacle est mené autour de la matière et du mouvement. Dans une évolution constante, la stabilité et le déséquilibre se côtoient, le brut et la douceur, les gestes rapides comme les mouvements presque statiques. C’est un mélange qui permet à chacun, aux deux hommes comme au bois, d’avoir une partition à part entière dans le spectacle. Il faut se laisser guider par l’homme ou par le bois. Car ici rien n’est plus très sûr : peut-être que ce sont les deux voltigeurs qui prennent le public par la main pour cette balade, ou que c’est l’imprévisibilité du bois et de la scénographie qui finalement accompagne ces hommes. En tout cas, il y a un lien imperceptible qui les mène à une grande cohésion intime, l’écriture scénique du spectacle en est véritablement imprégnée.
La mise en scène amène vers des sujets qui vont plus loin que les simples symboles. Il y est question de l’observation du temps qui passe, de la généalogie même, ce qui est très touchant pour un spectacle où les générations de spectateurs se mélangent. La scène devient organique, et permet de retrouver un lien avec la nature et de lui donner toute sa place, même enfermée dans la boite noire du théâtre.
Les deux artistes arrivent ainsi à prendre de la hauteur, malgré la mise à l’épreuve de leur corps face à la gravité. Ils s’élèvent dans les airs jusqu’à avoir la tête dans les étoiles (ou à défaut, dans les projecteurs du théâtre… !). La dramaturgie de cette création fait vivre les imaginaires et les sensations de chacun·e, et laisse une très belle empreinte.

Clarisse Douchet









Durée : 1h

Auteurs – Acrobates : Fnico Feldmann & Itamar Glucksmann
Metteur en scène : Benjamin De Matteïs
Conception scénographique : Fnico Feldmann
Construction scénographie : Fnico Feldmann, Fabien Megnin, Patrice Lecussan
Régisseur général : Patrice Lecussan
Création sonore : Boris Billier
Création lumière : Fabien Megnin et Patrice Lecussan

© Milan Szypura

Le 17 Octobre 2020
L'Escale - Tournefeuille