CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Plus on est de fous…// Théâtre du Grand Rond




TOUTE UNE MÉNAGERIE


publié le 21/12/2018
(Théâtre du Grand Rond)





Pour sa dernière création, Le Chamboulé s’est tourné vers quatre albums, adaptés et enchaînés en une forme marionnettique et chorégraphique. Mis en scène et porté par Martine Dargent et Aline Gubert, Plus on est de fous… décline des paraboles reposant sur un univers animalier.

La neuvième part

La première fable, La souris qui voulait faire une omelette (album signé Davide Cal et Maria Dek), lance avec netteté et efficacité les thèmes du partage et de l’entraide – oui, il faudra bien apprendre à couper un gâteau en neuf parts. Le dernier conte, Bienvenus (album signé Barroux), renoue avec ces interrogations, et la quête de ces ours polaires formerait probablement un beau diptyque avec la course gourmande de la première histoire. On se dit qu’on garderait bien les deux extrémités. Qu’en est-il du milieu ? Très certainement intéressants en tant qu’albums, mais adaptés trop brièvement ici, les deux autres récits s’enchainent sans que l’imagination ait le temps d’en saisir les contours, ni les enjeux, et sans que le passage de l’un à l’autre soit franc (la musique suit la même ligne pianistique). La parabole y est moins nette, et la démarche, plus didactique : ce tiers central creuse une espèce de trou et de flottement, la ligne principale du spectacle s’y perd. Il est toujours difficile de réunir plusieurs fables, car dès lors s’annoncent les soucis de transitions, d’esthétique d’ensemble, de cohérence de fond. La difficulté se cumule si l’on ambitionne de rapprocher différents auteurs, et par là même, différents univers.
On perçoit que ces points délicats, inhérents au principe de montage, ont fait l’objet d’une réflexion ; le choix d’une toile de fond fixe, par exemple, aide l’unité esthétique. De même, l’intéressante option de marionnettes plates, semblables à celles que l’on utilise pour le théâtre d’ombres mais ici détournées de leur fonction d’origine, permet de cintrer la forme visuellement. Un bénéfice finalement perdu, car la forme ne s’en tient pas là. Les interprètes ont fait le choix d’engager également leurs corps, de mêler la danse à la marionnette. Une ambition qui ne pose pas de problème en soi, seulement ici, les corps n’interagissent pas avec les marionnettes, un autre champ visuel est proposé qui n’offre qu’une seconde option illustrative, sans réelle circulation, ce qui est dommage. Esquisses de chorégraphies, voix de conteuse, jeu avec les costumes : l’incarnation se mêle à la narration et à la figuration par les marionnettes, sans que l’on ressente systématiquement la nécessité de cumuler les trois pistes (corps, marionnette, texte), sans que ces ingrédients ne s’amalgament, et enfin, sans qu’il y ait réellement manipulation, les marionnettes étant essentiellement posées, donc accessoirisées.
C’est là, on le sait bien, toute la difficulté des créations pluridisciplinaires : trouver non seulement le point de complémentarité, mais également le point de fusion, d’incorporation. Ce spectacle jeune public, qui vit ses premières représentations, est encore très composite à ce stade.

Manon Ona









De 3 à 8 ans
Théâtre du Chamboulé
A partir des albums : La souris qui voulait faire une omelette (Davide Cali et Maria Dek), Mon pull panda (Gilles Baum et Barroux), On est foutus (Magali Bardos) et Bienvenus (Barroux)

Mise en scène : Martine Dargent
Avec Martine Dargent et Aline Gubert

Dessin DR

21 décembre 2018
Théâtre du Grand Rond