CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Paradiso// Théâtre Garonne




AMOUR QUI MEUT LE CIEL ET LES ÉTOILES


publié le 20/10/2018
(Théâtre Garonne)





Artiste associé au théâtre Garonne pour la saison 2018-2019, Richard Maxwell propose, avec Paradiso, le troisième volet d’un travail inspiré par La Divine Comédie de Dante. Une réflexion sur le monde, sa fin et son (re)commencement.

L’amour n’a ni mérite…

Le public s’installe sur des gradins devant un espace scénique vidé de sa substance théâtrale. La scène, les rideaux et les rampes de projecteurs ont laissé place à une salle mise à nu, éclairée par des lumières brutes. Un 4×4 d’un blanc étincelant entre par la porte ; il restera là un moment, laissant au public le plaisir d’écouter en sourdine la mythique chanson des Pink Floyd, « Shine On You Crazy Diamond ». Un homme, trois femmes et un robot humanoïde pas vraiment high-tech vont en sortir et proposer une succession de monologues. Ces personnages, dont le point commun est d’être des survivants post-apocalyptiques, viennent ici témoigner de ce qu’ils ont vécu et de leur recherche de rédemption. A l’image de la Divine Comédie, Paradiso apporte un témoignage sur la civilisation contemporaine. On ne peut deviner l’époque, on peut imaginer que c’est dans un avenir plus ou moins proche, celui d’une humanité qui a causé sa perte. Les monologues évoquent la guerre, la survie, la fin de l’ancien monde tel que nous le connaissons. Ces humains, peut-être les derniers de l’espèce, viennent nous avertir de ce qu’il se passe dans le monde d’après, à bord de leur pick-up rutilant, dernier vestige de la société consumériste tout puissante. De nouveaux repères sont à inventer et l’humain, être empli de paradoxes, capable du pire comme du meilleur, doit aujourd’hui se reconnecter à ce qui l’a forgé et construit, à savoir l’amour et la famille.

…ni tort.

La scénographie désertique et le jeu détaché voire désincarné des comédiens font un écrin parfait pour ces textes forts et poétiques, leur urgence à être dits et entendus. Avec ce détachement, on touche du doigt la forme docu-fiction où toute l’importance est donnée au message. L’ancien monde n’est plus, les repères et les rapports de force ont changé et chacun, activiste ou poète, doit agir pour faire triompher la liberté. Loin de tomber dans la symbolique de l’icône qui saura sauver l’humanité, Paradiso aborde des thèmes sacrés voire bibliques, comme la rédemption, la résilience, le sacré et l’amour. Entre monologues et gestuelle mécanique, synchronisée ou non, on imagine cette famille dans son quotidien de survie, au sein duquel trouver un point d’eau fait office de petit miracle. Une fois leur mission de transmission et de témoignage accomplie, ils remontent dans leur 4×4 et quittent notre réalité. On en sort avec un sentiment vaporeux, comme si l’on venait d’assister à une proposition déconnectée de toute réalité, un rêve inachevé, une impression lointaine qui laisse une trace invisible. Paradiso cache de nombreuses références, les cinéphiles y reconnaîtront par exemple le caractère post-apocalyptique de Mad Max. On notera aussi le choix de la chanson écrite en hommage à Syd Barrett, que la consommation de drogue et le succès firent sombrer dans la folie. Donc d’emblée, en ouverture, un hommage à l’absence, au manque, qui se termine sur une touche optimiste car « l’amour est l’amour » et on ne peut rien contre cela.

Pénélope Baron









Texte et mise en scène : Richard Maxwell
Avec Elaine Davis, Jessica Gallucci, Carina Goebelbecker, Charles Reina
Production : Regina Vorria
Scénographie Sascha van Riel
Création costumes : Kaye Voyce
Création technique : Zack Davis, Scott Ponik
Technicien : Andrew Maxwell-Parish

© Sascha Van Riel

Le 20 octobre 2018
Théâtre Garonne