CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Olga// La Cave Poésie - René Gouzenne




A FESSES FROIDES, CŒUR CHAUD


publié le 09/11/2018
(La Cave Poésie - René Gouzenne)





Si vous connaissez et aimez Abigaël Vésicule, cet ego très alter forgé par Nathalie Vinot lors de son premier solo Heliotropolka, alors vous découvrirez avec plaisir l’insolite et réjouissante Olga. Rien à voir pourtant. Son nouveau clown se distingue du précédent, et visuellement et symptomatiquement, mais Olga confirme l’identité artistique de cette artiste singulière, dont on aime le secret philtre d’amour (pour son public et pour l’humain) : une humilité fondamentale, une poétique du Moi qui passe par-dessous, par les côtés, qui déborde de partout, jamais dans l’esprit de s’imposer à qui que ce soit ; qui se méli-mêle d’observations sur la société et qui dispense de souriantes piqûres de rappel, l’air de rien, entre deux échappées verbales et théâtrales, au large d’un imaginaire sans borne.

Aux lisières du monde occidental

La Mortavie d’Olga, c’est cette contrée poétique, délicieusement farfelue, où les renards font des clins d’œil à la Steve McQueen, où des chaussettes orphelines dansent en sarabande, où l’on porte son col de l’utérus autour du cou, bien ajusté, comme ça personne ne risque de s’amuser à le franchir. Une contrée traversée d’ombres et de lumières, où toutes les histoires ne sont pas drôles. Tombez une consonne et vous trouvez une région du monde située en Bohême, région qui innerve cet imaginaire, tout comme l’ascendance polonaise de l’artiste.
Olga a les fesses froides, peut-être, mais sensibles : Olga entend le rêve des chaises. Elle sent leur histoire, depuis le bois qui les a vues naître jusqu’aux personnes qui y ont promené leur corps, leur vie.

« J’adore les mots, surtout dans ton langue »

La chose commence et elle requiert un temps d’adaptation. Cela ne durera pas, mais au début, l’œil et l’oreille tiquent. Il y a ce costume « fond de grenier » comme on ne les aime pas trop (au final si assumé qu’on s’y fait sans réserve). Et il y a ce travail vocal de l’accent, dont le pittoresque a souvent, sur nos scènes, quelque chose de gratuit ; ici, il finira par faire histoire. Deux aspects qui, pendant un court temps, font regretter le décrochage total du précédent solo. Et sans doute que si ces premiers instants font sourciller, c’est qu’ils achoppent sur une introduction en demi-teinte. Olga n’est pas tout à fait là, mais déjà un peu quand même, dans les tissus bariolés. Cette entrée dans le personnage mériterait d’être plus radicale – soit directe, soit progressive mais véritablement partie de rien, d’un corps en civil, pour ainsi dire. Au début, donc, notre cul, puisqu’il en est question, se trouve entre deux chaises. Puis quelque chose vient, se déploie, on ne sait quelle magie opère, un véritablement attachement à ce personnage vaguement punk, dans son genre. Anarchiste, rectifierait l’artiste.
La langue et l’incarnation de Nathalie Vinot sont à faire la conquête des esprits les plus grognons. Affaire de pétulance, d’écarts extravagants, comme cette réjouissante tocade sur les mots occidental et lisière. Une aptitude à faire image, à composer des métaphores drolatiques, sans le poids du lyrisme. Un de ces spectacles où les pieds frétillent du bavardage des chaussettes, un spectacle dans lequel on fabrique des jeux d’échecs incomplets « où il n’y a que des fous et des chevaux qui galopent. » Quelques souriants bras d’honneur, et bien des grammes de tendresse. Au final, on se surprend à envoyer bouler les rares réserves et à la prendre comme elle vient, cette Olga.

Manon Ona









 

Nathalie Vinot, écriture et jeu
Christian Brazier, regard intérieur

© Mona – Le Clou dans la planche

Les 8 et 9 novembre à 20h30
La Cave Poésie - René Gouzenne