CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Notes// Théâtre du Grand Rond




PALABRES ET PALATALES


publié le 19/02/2019
(Théâtre du Grand rond)





Le cabaret littéraire, Marc Compozieux connaît – rappelez-vous ses duos avec Alexis Gorbatchevsky, autour de mignardises de Desproges (Le 11/11/11 à 11h11) ou de Vialatte (L’Homme est le seul animal qui porte des bretelles). Cette fois, le comédien rejoint un autre esprit fantasque et touche-à-tout, Marlène Bouniort, qui met d’ailleurs la chose en scène.
La chose ? Une déclaration d’amour à quantité de plumes et de textes, avec pour fil rouge, le plaisir des mots. Notes, voilà le titre de cette création coproduite par le théâtre du Grand Rond. Car écrire, c’est bien cela : composer une musique verbale. Et à eux de s’en faire les interprètes.

La langue dans tous ses états

Notre langue n’est que matière première, ingrédient accommodable sous mille formes, dans cette tambouille joyeuse et infinie qu’est la littérature. Et le menu, ici, est une dégustation hétéroclite, plutôt qu’une déclinaison : poèmes en prose, considérations phonétiques, dictionnaires, alexandrin épique, dialogues, émission radiophonique, récits, chansons… Loin des cabarets précédemment cités, il ne s’agit pas de se concentrer sur une plume spécifique : auteurs et autrices s’enchaînent, de siècles et de genres différents, autant de noms que le spectateur peut discrètement identifier au moyen d’une petite note remise avant la représentation. A coup sûr l’occasion de découvrir quelques échantillons inconnus. On s’en doute, le principe régalera ou déplaira, c’est selon : nul trait d’union entre ces textes, sinon l’élection intime en amont, le profond désir de les dire. Dans cette esthétique du morceau choisi, de la pépite, de la trouvaille, le public est amené à élire ses instants préférés. Et cette généreuse abondance, Marlène et Marc l’assument pleinement. C’est finalement peu, au regard de la littérature !
Un fil rouge traverse cette esthétique morcelée : s’y enfilent les délicieuses perles de Jacques Rebotier (Le Dos de la langue), en des duos brefs comme l’éclair – on adore. Et on voudrait voir les comédiens se perdre un peu autour de ce fil rouge. Le désir de solidifier le puzzle se ressent fortement ici : Marlène et Marc ont souhaité faire spectacle. Réduisant les interstices, ils utilisent des évolutions corporelles ou vocales comme un ciment ; rien ne traîne, la forme, compacte, ne laisse pas dépasser grand-chose. La création gagne en allure ce qu’elle perd en émotions, en vécu des textes : pour l’instant, Notes est encore très mécanique. La propreté sert certains textes humoristiques, teintés d’absurde, mais d’autres sont à l’étroit dans ce carcan. On voudrait les voir s’assouplir ponctuellement, quitter cette géométrie apprise qu’est la mise en scène, et se laisser travailler autrement par les textes qu’ils ont choisis, ces chansons que l’on reconnaît trop, pour nous être interprétées telles qu’elles existent. A la fin, Marc Compozieux se referme sur « Je peux me parler » de Tarkos, l’instant est très joli et se détache du reste.
Se laisser envahir et bousculer un peu ?

Manon Ona









 

Notes, kiffs sémantiques et cascades soniques

Compagnie DNB
Textes de : Camille, Brigitte Fontaine, Victor Hugo, Guérasim Luca, André Minvielle, Valérie Philippin, Jacques Prévert, Jean Racine, Jacques Rebotier, Christophe Tarkos…
Mise en scène : Marlène Bouniort
Avec : Marlène Bouniort et Marc Compozieux
Mise en scorps : Fabio Ezechiele Sforzini
Lumières : Amandine Gérome
Costumes : Myriam Craballone

© Mona – Le Clou dans la planche

19 février 2019
Théâtre du Grand Rond