CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Mille Aujourd’hui – en création// La Cave Poésie - René Gouzenne




ET DEMAIN, LA MER


publié le 16/05/2018
(La Cave Poésie - René Gouzenne)





C’était une de ces semaines fériées où la Cave Poésie, plus bruissante de jour que de nuit (une fois n’est pas coutume), reçoit des compagnies en résidence, en exploration, en grand chambardement. Tandis que le collectif Hortense concoctait, au rez-de-chaussée, quelques grenades théâtrales autour de mai 68, le Clou descendait l’escalier par la petite porte : nouvelle dans le paysage toulousain, la compagnie Avant l’incendie (on verra demain) ouvrait son chantier, pour une première création à suivre, plus rapidement que prévu, d’ailleurs. On devait attendre cet automne pour découvrir Mille Aujourd’hui en ces lieux mêmes – ce sera aussi le cas –, la première aura finalement lieu à Avignon. Surprise et bousculade dans le processus de création ? Pas de quoi effrayer l’équipe, ou alors, juste ce qu’il faut.

Un jour, bientôt peut-être

Le titre de cette première proposition provient d’une œuvre de Serge Rezvani ; on le confesse volontiers, on ne connaissait de cet artiste que la facette musicale. Allons bon. Le poète d’origine iranienne n’est donc pas seulement l’auteur d’un célèbre Tourbillon chanté par une coquine Jeanne Moreau à son Jules et son Jim…? Frédérique Le Bourg, au montage de textes et à la dramaturgie, joue l’écho et les télescopages, méli-mêlant la plume de Rezvani à de célèbres poèmes d’Henri Michaux, que l’on ne se lasse jamais d’entendre. Il ne s’agira pas d’une lecture, mais bien d’une forme scénique, à mi-chemin entre le théâtre et le concert.
Place est donc faite aux musiciens : Léa Cuny-Bret, par ailleurs saxophoniste dans le projet Incendié volontaire (mené par Bruit qui court) et la formation de rock alternatif Baron Samedi, où sévissent aussi Pierre-Olivier Bellec et Victor Ginicis – deux anciens LabOrateurs qui ont fait leur chemin. Un univers musical plutôt marqué ; les recherches électroniques de François Rivère, troisième larron au plateau, y ouvrent comme une porte. L’idée, autant qu’on puisse en juger à partir des répétitions : ne pas mettre les ambiances au service d’une illustration mais plutôt d’un allant, d’un mouvement tirant certains passages vers des veines épique ou onirique, embryonnaires dans les textes. Comme des fils à tirer, et dont la compagnie cherche à éprouver la secrète longueur.
Une résidence à J-deux mois : cette période où l’on finit d’élaguer les pistes entrevues mais non retenues, à l’instar de la présence vidéo, à laquelle sont finalement préférées les images nées des mots et des ambiances. La forme se dessine peu à peu : choisir la circulation la plus forte entre le trio et la salle, définir l’esthétique de mise en voix, trouver la place pour le saxophone, pour les interventions vocales… Rendre au mieux ces « pensées à la nage merveilleuse » de notre lointain intérieur.

Le Clou patientera jusqu’à cet automne, mais pour ceux qui se rendraient à Avignon, ce sera au Théâtre de la Scierie.

Manon Ona









d’après Serge Rezvani et Henri Michaux, par la compagnie Avant l’incendie (on verra demain)
avec Pierre-Olivier Bellec (comédien), Léa Cuny-Bret (musicienne) et François Rivère (musicien)
Montage des textes et dramaturgie : Frédérique Le Bourg
Mise en scène : Victor Ginicis

© DR

Le 16 mai 2018
La Cave Poésie - René Gouzenne