CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Même les génies gèlent// Théâtre Jules Julien




UNE QUESTION DE PHYSIQUE


publié le 09/02/2020
(Théâtre Jules Julien)





Avec sa première création collective, Même les génies gèlent, la compagnie 13.7 convoque sur scène la science physique. Présentée au Théâtre Jules Julien – accompagnateur de jeunes talents, notamment issus, comme ici, des promotions de classe Labo du Conservatoire de Toulouse – la pièce plonge la science dans le chaudron de l’humour avec une récurrente interrogation : vous prendrez bien un peu de physique ?

La physique, c’est fantastique

Dans le noir, le visage juste éclairé par une petite lampe, un homme se raconte. Il dit surtout son admiration pour Etienne Klein, ce physicien et philosophe des sciences, que le hasard ne cesse de mettre sur sa route. Est-ce un hasard d’ailleurs, tant ce grand échalas de Jean, féru de physique, semble passer son temps entre conférences et autres lieux dédiés à la science ? Sinon on peut le croiser au CDI du collège où il officie comme documentaliste, mais aussi dans le local de l’association Science Émerveille. Dans une salle vide et un peu triste, Jean retrouve régulièrement Marc, un éducateur plein d’enthousiasme et Mona, enseignante de son état et collègue de Jean. Ce qui les réunit ici, c’est leur amour de la science, leur envie de la partager et aussi peut-être, au grand désespoir de Jean, leur absence de génie. À l’occasion de cette réunion de rentrée, chacun va raconter ses vacances et imaginer comment partager leur savoir au plus grand nombre – tout est histoire de physique et il faudra bien que le monde finisse par s’en rendre compte ! C’est en tout cas le credo de Jean, le plus passionné peut-être, le plus exigeant c’est certain. Jean – dont la difficulté à être simplement au monde rappelle celle d’un certain Sheldon Cooper, héros de la série The Big Bang Theory – semble se jeter à corps perdu dans la science pour tenir à distance la vie. Entre l’exigence d’exactitude scientifique de Jean et les tentatives de Marc de rendre la physique joyeusement ludique, Mona tente de jouer le compromis, interrogeant même les raisons de leur passion chronophage.

E=MC2

La compagnie 13.7 a pris le parti de l’humour pour cette pièce qui ambitionne de vulgariser la science. Jouant sur les situations comiques, les trois personnages caricaturaux distillent leurs connaissances tout au long du texte, prouvant – il est vrai – que ce monde n’est que science. Pour les accompagner, la lumière de Flora Criven et l’ambiance sonore imaginée par Simon Le Floc’h excellent à emmener le public ici autour d’un feu de camp, là au cœur d’une forêt ariégeoise, bien loin de la morne salle où se rassemblent les membres de Science Émerveille. Le pari de Même les génies gèlent est ambitieux, les recherches sont riches certes mais le but de la création même demeure confus : une vulgarisation à destination du jeune public (et même du grand public en général) qui s’embarrasse bien peu de considérations scientifiques alors même que « tenir assis sur une chaise, c’est de la physique » ? Quid alors du monologue de ce génie croisé à la campagne par Mona : l’homme rangé du monde scientifique ébranle les convictions de la jeune femme en relatant le sort des chercheurs, le manque de reconnaissance, la concurrence du milieu. Si l’envie de mettre en lumière les scientifiques est louable, ce discours étiré et surgi avec incongruité, semble contribuer, malheureusement, à tenir le public à distance, l’éloignant encore un peu plus de ce qu’il était peut-être venu chercher : qu’on lui révèle la poétique de la physique. À l’image de la science, il est souvent question dans une première création de dosages et de tâtonnements. Gageons que la compagnie 13.7 trouvera les bonnes proportions pour parler d’un sujet aussi peu représenté sur scène.

Véronique Lauret









Avec : Maxime Bodin, Pierre-Olivier Bellec, Morgane Nagir
Texte et mise en scène : Florian Pantallarisch
Assistance à la mise en scène : Sara Charrier
Création lumière : Flora Cariven
Décor : Jean Castellat
Regard scientifique : Stéphane Blanco
Patte sonore : Simon Le Floc’h

6 et 7 février 2020
Théâtre Jules Julien