CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Manu Galure// Théâtre Sorano




MANU GALURE, CHANTEUR PERMACOLE


publié le 30/12/2019
(Théâtre Sorano)





Aux alentours du solstice d’hiver, une jolie foule de toulousain·e·s est au rendez-vous pour le grand retour chez lui et au Sorano de Manu Galure. Parti en septembre 2017 pour une tournée pédestre, Galure retrouvé, donc, n’a pas perdu son temps durant un peu plus de deux ans de pas bien comptés, d’airs composés chemin faisant et de paroles cueillies au gré des vents et des gens. Quel récit, quelles rencontres, répétitions, expériences nouvelles raconter ? Le concert est à mi-chemin entre la « conf-errance » et le tour de chants. 9 000 kilomètres, 356 concerts, une trentaine de morceaux répartis en trois albums : Mon piano sur le dos, 2017 ; J’ai dormi près d’un arbre, 2018 et Que les sangliers te mangent les pieds, 2019.

Partir, « laisser des souvenirs plus heureux que nous-mêmes »

On pourrait définir « la tournée pédestre » ainsi : c’est un concept systémique et global qui vise à créer des écosystèmes – rencontres et chansons mêlées en concerts – dans le respect de la biodiversité et des moyens de l’accueil local. Manu Galure s’est forgé mollets et souplesse d’artiste ; il a joué à l’extérieur comme à l’intérieur, dans des écoles, EPHAD, foyers, habitations particulières, salles de spectacles… Ses textes parlent de la nature et des hommes, ils traversent les genres de la chanson traditionnelle, engagée, révolutionnaire (quelques traductions savoureuses), de la poésie au conte enfantin. Ils sont oniriques et narratifs, mais animés aussi par l’actualité et les conflits de l’existence… Solitude et querelles de clocher, drames humains et combat social, réformes et fins de systèmes – du monde ou « des riches ». Les compositions résonnent entre autres des échos d’Aragon, Verlaine, Beau dommage, Gainsbourg, sur une fourchette temporelle bien plus vaste encore. Il est difficile de distinguer une intention, une couleur dominante dans une telle diversité. Les anecdotes, à chaque ville ou village traversé, animent et accompagnent la promenade chantée, qu’on écoute autant comme des souvenirs que comme des futures chansons. Sa musique est un fil rouge, à la rythmique filante et palpitante de contre-temps et de soubresauts entraînants. Une proximité tangible s’exerce, comme si la simplicité existait dans la construction d’une communauté, d’une bulle de mots, de vies et d’énergie, sans prendre des chemins sensibles trop faciles.

Les arbres perdent leurs feuilles en quelques heures…

Éclectique autant que ludique, dévalant la grille des humeurs, Manu Galure diffuse savamment le résultat d’un apprentissage de troubadour tout public et tout terrain. Seul au piano, comme il l’a été sur les routes, il partage sa météo des émotions, scate volontiers sur ses mélodies vives. À coups de satons sur le clavier, jetant regards, rictus expressifs et commentaires sur lui-même, il s’approche de la dérision avec gravité ; réduit, souligne, ajuste ses effets comme des curseurs de platines, avec une envie palpable, maîtrisée, ferme et savante de communiquer avec le public. Une pratique du concert très rodée et efficace où sa présence est totalement dévolue à l’instant. Une juste mesure du temps sensible. Au-delà du partage d’expérience, de la connivence avec le public, l’humilité et la ferveur dans le don de ses compositions dégagent une grande sincérité, comme un appel, un charme sans jeu.

Suzanne Beaujour









Interprétation, composition, paroles, traductions, adaptations, piano, voix : Manu Galure

© Ian Granjean

21 décembre 2019
Théâtre Sorano