CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Lionel & Stéphane Belmondo// Le Taquin




PENSION DE FAMILLE


publié le 04/04/2019
(Le Taquin)





Le Taquin, on y vient en famille et on s’y sent en famille. On reconnaît avec plaisir sur sa petite scène la section rythmique habituelle : le talentueux Laurent Fickelson au piano et l’inusable Tonton Salut à la batterie. Seul manque à l’appel le troisième larron (Duthu, à la contrebasse), qui pour cause de paternité est remplacé brillamment à la dernière minute.

Avec les frères Stéphane et Lionel Belmondo et leur jazz en famille, les retrouvailles sont inévitables. C’est dans une atmosphère bon enfant que le quintette tarde à commencer son set. Puis le groupe prend le taureau par les cornes et démarre. C’est parti pour un voyage dans le temps. Les musiciens attaquent sans plus attendre avec un standard de Thelonious Monk. Le ton est donné. La barre est haute. Ça cogne, ça percute, ça envoie du lourd, ça se jette sur les impros comme des morts de faim. Il y a une vraie complicité entre les musiciens. Peut-être aimerait-on partager davantage avec eux le plaisir qu’ils prennent à jouer ensemble, faudrait voir à se tourner un peu plus vers le public.

Les échanges entre batterie et saxophone, les chorus, tout ça s’enchaîne comme à New York ; en début de soirée, le son est un peu brutal, ça manque un peu de finesse, les phrases des solos n’aboutissent pas toutes. Puis, puis… les choses s’affinent et la machine se met en place. L’introduction d’un thème de Yussef Lattef est jouée à l’unisson par les frères avec beaucoup de retenue et de délicatesse. Tout devient plus harmonieux. Le tour du jazz continue. Stéphane Belmondo pose la trompette pour le bugle et sur un tempo lent se remet dans les pas de Chet Baker son maître souffleur, nous rappelant aux chorus de son sublime disque Love for Chet ou de son dernier opus avec le pianiste Jacky Terrasson. Son frère ainé, Lionel Belmondo, sait tout faire avec son ténor. Il a joué avec les plus grands, de Johnny Griffin à Guy Lafitte, d’Eric Lelann à Michel Legrand. Le son est parfois proche de celui d’un Sonny Rollins ou plutôt d’un Dexter Gordon ou au soprano de celui de John Coltrane. Mais les deux frères sont des pointures et ont leur univers propre. Un des moments les plus personnels du concert est paradoxalement leur reprise de Wayne Shorter, qu’ils ont beaucoup écouté. Ils vénèrent en particulier son disque Native Dancer. Ils reprennent Ponta de Areia qu’ils réinventent et auquel ils redonnent un lustre inédit, bien loin du jazz-rock mystique et de sa sonorité typée Années Soixante-dix. Bref une soirée en famille au Taquin, mais une de ces familles dont la salle peut être fière. Un beau moment de jazz et d’échange entre les musiciens.

Stéphane Chomienne









Stéphane Belmondo : trompette, bugle
Lionel Belmondo : saxophones
Laurent Fickelson : piano
Julien Duthu : contrebasse
Ton Ton Salut : batterie

photo DR

4 avril 2019
Le Taquin