CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

L’Éveil du printemps – regards estudiantins// Théâtre Sorano




LES COULISSES DU PASSAGE À L'AGE ADULTE


publié le 09/11/2018
(Théâtre Sorano)





« Le sexe n'est sale que quand on ne se lave pas » 
Madonna

 

Le silence… Un long silence règne sur la salle pleine, le public se tait, les acteurs sont déjà sur scène, les spectateurs les regardent, les acteurs les regardent en retour : moment intense puis, sans qu’on s’y attende, la pièce commence et les lumières s’éteignent. L’Éveil du printemps, pièce écrite par le dramaturge allemand Frank Wedekind et publiée en 1891, dénonce, dans la société de son temps, le voile derrière lequel les parents se dissimulent pour ne pas aborder le sujet de la sexualité avec leurs enfants et montre les dégâts que peuvent causer ces dissimulations. La pièce est représentée au théâtre Sorano dans le cadre de Supernova, festival de la Jeune Création, dans une mise en scène de Sébastien Bournac. Wedekind y traite avec humour et légèreté les questions existentielles qui bouleversent les adolescents et la difficulté que rencontrent les jeunes adultes à contrôler et comprendre leurs pulsions sexuelles.

« Pour avoir des enfants Wendla, on doit avec l’homme… l’homme avec lequel on est mariée… on doit l’aimer. »

La pièce commence en musique, le public est un peu dérouté. Les acteurs nous rappellent vite à l’ordre en évoquant, dès les premiers instants, les sujets traités. Par la suite, ces jeunes adultes testent leur nouveau corps, se découvrent, parlent, jouent, expérimentent, enseignent sans réellement savoir ce qu’ils font, pour la plupart en tout cas. Le non-dit peut, le spectateur en fait l’expérience, aboutir à des fins tragiques.

« J’aime un théâtre qui parle de nous

et questionne notre temps » (Sébastien Bournac)

Cette mise en scène est une adaptation, efficace par son parti pris d’actualisation. Les scènes modifiées sont à chaque fois inattendues. Pour les spectateurs ayant lu la pièce, la curiosité est grande concernant la représentation des émois sexuels et de la mort. Tout se fait dans la subtilité et la légèreté. La solution : une scénographie minimaliste mais chargée de sens. C’est avec un voile coloré d’un côté et monochrome de l’autre que tout se joue, les changements de scène, les transitions, efficaces et rapides, ainsi que l’intégration d’ombres chinoises. Sol, murs, plafond : noir est le décor. Seule clarté à l’horizon : les enfants, les adolescents, ces jeunes adultes candides et purs, qui contrastent avec le costume des adultes mortifères. Le noir semble représenter le monde extérieur et sa malveillance. L’actualisation des costumes montre bien que la question du tabou est toujours de mise. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les parents sont tous masqués. Les spectateurs assis en hauteur ont le privilège de voir le revêtement de la scène, qui projette les ombres des acteurs vers le sol : la fin tragique est inévitable. Les comédiens donnent la cadence, puisqu’ils sont responsables des changements musicaux. Le spectateur les suit, les voit évoluer à leur rythme. Les morceaux choisis permettent tantôt d’intensifier les moments dramatiques, tantôt de les alléger.
La pièce s’achève dans l’obscurité et, à nouveau, le silence.

Melanie SCHNELLDORFER









À partir de 15 ans

Une pièce de Frank Wedekind (Traduction François Regnault)
Adaptation, mise en scène et scénographie : Sébastien Bournac
Avec Sonia Belskaya, Romain Busson, Raphaël Caire, Anne Duverneuil, Nicolas Lainé, Nick Newth, Malou Rivoallan.
(Comédien-ne-s issu-e-s de l’Atelier du ThéâtredelaCité CDN Toulouse Occitanie, promotion 16-17)
Assistant mise en scène : Étienne Blanc.
Construction décor et régie plateau : Gilles Montaudié.
Lumières : Benoît Biou.
Régie lumière : Artur Canillas.
Création costumes : Sabine Taran.
Œuvre sur toile : Renaud Allirand.
Sculpture : Claire Saint-Blancat.
Remerciements à Marion Muzac et Alex Saint-Lary Coiffure.

© François Passerini – Tabula Rasa

9 novembre 2018
Théâtre Sorano