CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Les Meilleurs en tout// Théâtre du Grand Rond




INTERDIT D’INTERDIRE


publié le 04/03/2019
(Théâtre du Grand rond)





Les bonnes bêtises
C’était entre copains
Qu’importe si t’étais rupin
On était tous l’égal
D’notre frangin de mandale

« On n’est pas à une bêtise près », Renan Luce

 

Parents, planquez tout ce qui prend l’allure d’un rouleau !
La compagnie Marche ou rêve a habitué ses spectateurs à l’adaptation d’albums, la voilà de retour avec un jeune public entièrement fait maison – comprenez, en écriture de plateau pilotée par Fred Odelut. Deux conférencières foutraques (mesdames Gesta et Malan) et une assistante malmenée (madame Machin, soit Kantuta Varlet), vont explorer un thème universel, sinon constitutif du développement de chacun•e : les bêtises. Enfin, elles vont essayer.

Irrésistible bêtise

La chose à ne pas faire n’est pas faite : proposer au jeune public un discours moralisateur sur le sujet. Bien au contraire, les conférencières se laissent ici déborder par une irrésistible envie de bêtises, et cette non-conférence ne débute jamais. On le devine, l’idée est de les faire assez vite descendre de leur piédestal d’adulte, de grandes Sachantes, et d’en commettre de plus ou moins volontaires – bêtises verbales en premier lieu, puis très… visuelles. Ce glissement serait plus net s’il se faisait progressivement plutôt que d’exister d’emblée, notamment par une entrée en matière enfantine, dont le duo pourrait se passer.Mais l’idée est là. La présence de l’assistante permet de traiter les notions de cruauté, de souffre-douleur ; la bêtise joyeuse, c’est un vent de liberté dont on a du mal à se passer. Seulement, ce doit être une fête inclusive, sinon on change de domaine. Cette articulation entre le plaisir du jeu et la blessure gratuite permet de muscler la proposition et ouvre sur un dénouement.
On pouvait compter sur Marche ou rêve pour partager sans frein ce désir de bêtises avec son jeune public, en un spectacle libertaire qui, pour des marmottons de 3 ans et des cacahuètes, doit bien avoir quelque chose de jubilatoire. La situation leur est plus que familière ! Rien à redire sur l’énergie déployée. Visuellement, la sobriété de la forme – un grand carton – est égayée par les beaux costumes complémentaires conçus par Kantuta Varlet. Non, si l’on cherchait une zone d’exploration pour cette fraiche création, ce serait du côté de l’écriture. Brancher la courroie de transmission directement sur l’imaginaire enfantin ne devrait pas exclure un travail poétique, des jeux langagiers avec ce thème plutôt riche qu’est la bêtise ; l’écriture de plateau a bien fonctionné, en ce qu’elle dynamise parfaitement le duo, mais la partie verbale reste à enrichir et dans le même temps, à élaguer. La ramener, peut-être, à une parole plus rare, et soignée. Les clowns ébauchés en bénéficieraient aussi, en une exultation poétique et burlesque.

Manon Ona









 

Spectacle tout public à partir de 3 ans
Durée : 45 minutes.
D’après un texte original de Fred Odelut
Avec : Marie Paule Gesta et Sarah Malan
Régie/costumes : Kantuta Varlet
Texte et mise en scène : Frédo Odelut
Coproduction : Théâtre du Grand Rond (Toulouse)

crédit : Mona – Le Clou dans la planche

18 au 28 mars 2020
Théâtre du Grand Rond