CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Les Journées du Matrimoine// Hors les murs




LA PETITE PLAQUE, TOUT LÀ-HAUT...


publié le 20/09/2017
(Hors les murs)





L’an passé déjà elle nous régalait, guide caustique et fantaisiste d’un parcours frondeur : réquisitionnée par les mouvements HF et Osez le féminisme !, Nathalie Vinot battait de nouveau le pavé, pour cette deuxième édition des Journées du Matrimoine.
L’initiative a pris de l’ampleur. La voilà qui fédère, se muscle, prenez bonne note pour septembre prochain – une soirée d’inauguration organisée par Girls Don’t Cry au musée Paul Dupuy, avec un Pecha Kucha*, pour prendre de l’élan ; l’ajout d’un parcours traduit en LSF ; une prise artistique plus nette, avec un ralliement de nouvelles compagnies et la chorale L’Ébranleuse.

Celles qui marchent en avant

Après la peintre Renée Aspe, la photographe Germaine Chaumel, la cheffe d’orchestre Marguerite Canal, l’historienne Marie-France Brive et la résistante Marie-Louise Dissard, ce nouveau parcours se resserrait autour de quatre personnalités matrimoniales. Celle, tout d’abord, dont la plaque commémorative, remontée au premier étage du 13 rue Alsace Lorraine, est invisible ‒ entre une enseigne d’opticiens, un cabinet de notaires et une banque, elle prenait trop de place, vous comprenez. Dans sa jeunesse aussi, elle prenait trop de place, Angélita Del Rio Bettini. Quelques rues plus loin : celle qui chante et enchante : Mady Mesplé. Plus loin encore : celle qui tenta de concilier sa pensée anarchiste et un poste de ministre, Federica Montseny, Toulousaine d’adoption. Celle, enfin, qui nourrit ses travaux philosophiques et cinématographiques en rencontrant les Tarahumaras, ces indiens du Mexique initiés au peyotl : Raymonde Carasco. La compagnie d’Elles a rejoint le parcours et c’est encore Yaëlle Antoine qui en parle le mieux. La voilà en famille, quatre âges de femmes sur les gradins, image rappelant cette évidence : transmettre aux générations suivantes, c’est là ce qui importe. Mais aussi, et c’est la compagnie Filao, en amont, qui dansait cette idée en un duo H/F : la parité est l’affaire de tout le monde.
Resserrer le parcours autour de quatre figures matrimoniales, c’est aussi prendre le temps avec des artistes toulousaines contemporaines : au pied de l’Office du tourisme, les compagnies Träuma et MMCC offraient un sacré tour de chant et de danse – aimantation immédiate des flâneurs ! Le principal, sans doute : le sourire étonné du passant, de la passante, qui découvrent, sur les pancartes et les affiches, ce curieux mot, Matrimoine, et sa consonne mutine. Certain·e·s s’arrêtent, rejoignent le cortège ; d’autres repartent avec des points d’interrogation, ressassent le mot et leur propre étonnement ; il doit bien y en avoir qui grognent, aussi, ça ne manque jamais. Peu importe : à chaque fois que le mot est prononcé, écrit, à chaque fois qu’une personne le découvre, il se propage. Il rappelle son pouvoir, tout à la fois symptôme et virus, il questionne nos fondations, nos conceptions sociales et culturelles. Imaginons : quel chemin aura-t-il fait après quelques éditions de ce cru ?

Manon Ona









© Mona – Le Clou dans la planche

20 septembre 2017
Hors les murs