CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Les Ephémères// Centre culturel Henri-Desbals




GÉRASCOPHOBIE


publié le 20/03/2011
(Centre culturel Henri-Desbals)





Loin de la conception d’une danse qui célèbrerait le mouvement à l’état pur, totalement abstrait, décontextualisé et qui se prendrait lui-même pour objet, le projet de la compagnie Filao pour la création du spectacle Les Ephémères est de transposer à la scène des tranches de vie corrélant les âges avec leurs états successifs. L’âge de l’expérimentation, de la découverte, des jeux, de la séduction et celui de la vieillesse. Certes le spectacle s’émancipe de ce déroulement chronologique, mais le référent demeure reconnaissable : le jeune public y trouvera matière à questionner l’écoulement de la vie et les séries de pertes qui s’ensuivent dès lors qu’on se rapproche de sa fin, les adultes apprécieront l’interprétation fluide des danseurs. A retrouver mardi au centre culturel Henri-Desbals.

Il était une fois la vie

Sur le plateau, trois miroirs servent d’appuis à la danse, au jeu et à la dramaturgie de l’ensemble. L’espace sonore est composé à la fois de musique et d’une bande-son mélangeant des bruits d’eau omniprésents dans les transitions entre les tableaux ainsi que des interviews de personnes s’exprimant sur leurs craintes associées au temps qui passe. Quand la musique est présente, celle de Bach, de Beethoven ou encore un vieux morceau de rock, la danse ne cherche pas à s’en autonomiser, elle en suit le rythme et la ligne mélodique.
Dans ce dispositif, la danse s’impose véritablement comme un travail où les deux partenaires se répondent dans une très bonne écoute visuelle. Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu deviennent tour à tour un couple d’adolescents se séduisant, d’amoureux sortant danser, de vieux s’épaulant. L’alternance des âges et des situations travaillent une série d’oppositions selon que la vie bat son plein ou que la mort avance. Les corps des danseurs interprètent la jeunesse dans une vitalité motrice ; la vieillesse se transpose dans le relâcher, le déséquilibre et la recherche d’appuis de l’un qui vient soutenir le corps de l’autre. Ces deux âges sont aussi perceptibles dans les changements de vitesse. Et le fait semble implacable : le vieillissement est ici altération, perte de maitrise et dépendance. Les corps portent et se laissent porter. Le rythme du spectacle se construit dans le traitement de ses oppositions caractéristiques d’états physiques antagonistes : abandonner le poids du corps et le reprendre, tomber au sol puis courir et s’élancer.

Danser pour évoquer

Pas de linéarité dans la construction, façon d’éviter des attendus, de ménager la surprise, de donner du rythme au spectacle. En effet, le trajet suivi bouscule l’itinéraire de la vie qui selon les lois naturelles, et indépassables pour l’heure conduit de la naissance à la mort. Façon de dire que l’art n’aime pas imiter la nature et veut ici introduire du désordre dans le déroulement cyclique du temps. Personne ne meurt à la fin donc. Malgré cet effacement du déroulement linéaire de la vie, les séquences proposées demeurent narratives tout en sachant intelligemment échapper au tout illustratif.
La représentation pourrait se situer à la lisière du théâtre dans la volonté de construire des personnages dont l’alternance est signalée par les changements de costumes, mais à la lisière seulement car les danseurs ne sont pas soutenus par un texte et hormis une chansonnette fredonnée, ils restent muets. Le format est court – ce jeune public dure 30 minutes- et le temps manque à construire véritablement des personnages concrets aux traits ou aux personnalités identifiables. Signalons qu’une version longue de 55 minutes destinée à un public d’adultes et que nous n’avons pas pu voir existe. Mais que l’intention n’aille pas jusqu’au bout ne gêne pas le spectacle. Ce sont en effet les mouvements des danseurs qui traduisent le mieux les modifications d’âge qui s’opèrent et leur belle expressivité dans les corps et les visages.
Dans le débat qui occupe depuis longtemps la danse contemporaine, de savoir si celle-ci doit servir de vecteur à dire quelque chose qui a du sens, la compagnie Filao a tranché en choisissant de parler de la vie.

Katia Fallonne









Chorégraphie/Interprétation : Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu.
Conception Lumières : Didier Glibert.
Costumes : Cynthia Coussieu.

© Camille Chalain / Le Clou dans la Planche

20 mars 2011
Centre culturel Henri-Desbals