CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Le Signal du promeneur// Théâtre Sorano




SI TU NE TROUVES RIEN, CHERCHE AUTRE CHOSE


publié le 16/04/2019
(Théâtre Sorano)





Après avoir présenté Rumeurs et petits jours la saison passée, le Raoul Collectif était de retour à Toulouse et au Sorano avec sa première création, Le Signal du Promeneur. Toute son énergie est mise au service d’une analyse de la société – au vitriol !

C’est la guerre,…

Les cinq jeunes gens l’affirment, il s’agit de « tenter de dégager de la clarté ». Et quand bien même tout ne serait pas clair, le travail du Raoul Collectif s’impose. Quelque chose comme, voyons voir… un étonnement jouissif sans cesse renouvelé ?
Le spectateur est convié à une promenade, une sorte d’étude anthropologique grandeur nature. Le collectif nous plonge au cœur de sa quête, ses questionnements multiples à propos de l’homme dans la société, sa faculté ou son incapacité à s’adapter. A travers cette pièce un brin foutraque, les comédiens donnent tour à tour voix à des figures inspirées du réel, en rupture avec la marche en avant de la société néo-libérale. Véritables métaphores de la partie « désespérée et asociale » de la société, ces figures en marge ont échoué dans leurs quêtes intimes, révolutionnaires parfois. Seront cités Perec, Thoreau ou encore Emmanuel Carrère.

… foutons le camp !

Avec cette pièce chorale laissant toute leur place aux singularités, le Raoul Collectif réjouit le spectateur aussi bien sur le fond que sur la forme. Entre raison et folie, sérieux et désinvolture, l’énergie du jeu et le travail de plateau se trouvent au cœur du projet. Chemin faisant, le public accompagne le groupe et découvre chacun des protagonistes : des histoires de résistances intimes et collectives, des luttes contre la fatalité, contre la morosité, contre la société toute entière. Pétri de lucidité, le Raoul Collectif propose pourtant une analyse aux allures de rêverie et à défaut de pluie, ce sont de véritables mottes de terre qui tombent au-dessus des comédiens. Il donne voix aux rêveurs qui ont voulu faire table rase, revenir aux sources, à un état primitif, ou tout simplement s’accorder un moment de contemplation. Chacun, à sa manière, donne le signal, l’alerte, un appel au soulèvement collectif. Face à ce monde et à ses fractures, ils nous proposent, nous imposent la nécessité d’inventer, de réinventer, de créer ensemble. Une partition à dix mains, création hautement revigorante, seul rempart qui perdure face à la société capitaliste et individualiste. L’énergie du groupe soulève celle du désespoir, certes, mais également un bouillonnement foisonnant et jubilatoire.
La solution réside-t-elle dans le faire-ensemble ? Le Raoul Collectif donne l’exemple, si le système ne nous convient pas, agissons et face à l’échec réjouissons-nous, échouons ensemble !

Pénélope Baron









De et par Romain David, Jérôme De Falloise, David Murgia, Benoît Piret et Jean-Baptiste Szézot
Assistante : Édith Bertholet
Regard extérieur : Sarah Testa
Création et régie son : Julien Courroye
Régie générale et régie lumière : Philippe Orivel et Isabelle Derr
Costumes : Natacha Belova
Création lumière : Emmanuel Savini

© Cici Olsson

16 avril 2019
Théâtre Sorano