CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Le Roi sur sa couleur// Théâtre Sorano - SUPERNOVA #3




L’ART DE GOUVERNER


publié le 23/11/2018
(Théâtre Sorano)





Ancien élève de la Comédie française, aujourd’hui auteur, metteur en scène et acteur, Hugues Duchêne et la compagnie Le Royal Velours proposent, avec Le roi sur sa couleur, une pièce dans la lignée des trois autres, une satire politique mais ici dans ses rapports art/pouvoir.
Attiré depuis toujours par la politique, il en fait une chronique de l’actualité dans Je m’en vais mais l’Etat demeure, et s’amuse à déconstruite et à retranscrire des affaires qui ont fait l’actualité à un moment ou à un autre.

Ce n’est pas la force qui compte…

Ici, Hugues Duchêne et ses camarades de la Comédie-Française apportent un éclairage sur l’affaire du non renouvellement d’Olivier Py à la tête de l’Odéon – Théâtre de l’Europe. Avec un ton satirique et à la manière d’un zapping accentuant l’absurde de la situation, il croque avec désinvolture les « faits du prince ». On y retrouve toutes les personnalités qui ont participé de près ou de loin à ces sombres jeux de pouvoir, Olivier Py, Frédéric Mitterand, Luc Bondy, Nicolas Sarkozy au « sommet de son art » et une certaine Clara. Les tactiques se forment, les manipulations sont constantes, les pions sont placés et déplacés sur cet échiquier vivant. Le système politique et les personnages sont caricaturaux, ils rendent compte de la dichotomie flagrante entre le système des hautes sphères et les réalités culturelles. Le jeu des comédiens est vif et juste, ils nous emmènent dans un tourbillon de scènes qui s’enchaînent et se suivent, passant de l’assemblée nationale à un plateau de radio, de moments intimes à des évènements publics. Une pièce chorale dans laquelle les comédiens jouent à vue et attrapent, tour à tour, un train lancé à toute allure. C’est dans la rythmique et l’enchaînement d’un balai millimétré que réside le point fort de la pièce, le jeu file, laissant la part belle aux comédiens.

… c’est le charisme

L’art de gouverner n’est pas une mince affaire et gouverner l’art encore moins ! Le mécanisme invisible est décortiqué et mis à nu, les copinages et autres abus de pouvoir donnent à voir le rapport quasi monarchique entre le monde politique et le monde culturel et plus précisément, théâtral. On ne peut que constater les dégâts engendrés par deux mondes qui se frottent, se côtoient mais sans jamais se comprendre. La facilité avec laquelle de tels ratages ont pu avoir lieu laisse le spectateur pantois, le souci de préservation de l’essence même de l’art et du théâtre est délaissé au profit de l’affirmation totale d’un pouvoir et d’un charisme hors norme. Bien qu’elle revête un caractère universel, on peut comprendre que face à un sujet et un point de vue un peu trop « parisien », certains spectateurs ont pu rester hermétiques à la pièce. Néanmoins on ne peut que saluer la vivacité avec laquelle les étapes de cette affaire sont croquées voire caricaturées pour former un patchwork qui, bien que fictionnel, se rattache bel et bien à du théâtre documentaire. Plus encore, le ton décalé et l’humour caustique que l’on retrouve dans certaines scènes, lui donnent des airs de roman-photo ; à part qu’ici, ce n’est pas de l’amour que l’on narre les feux mais bien du pouvoir.
Quoi de mieux que le festival Supernova pour laisser s’exprimer ces « pulsions de vie en boîte », la jeune création a des choses à dire et elle les dit bien !

Pénélope Baron









Mise en scène : Hugues Duchêne
Auteur : Hugues Duchêne
Régie : Leila Hamidaoui
Production : Royal Velours
Avec : Pénélope Avril, Vanessa Bile-Aubouard, Théo Comby-Lemaître, Marianna Granci, Hugues Duchêne, Maxime Taffanel, Gabriel Tur

© Simon Gosselin

23 novembre 2018
Théâtre Sorano - SUPERNOVA #3