CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Le Mobile// 12 octobre 2019 - La Grainerie




CULOTTÉS


publié le 10/10/2019
(Espace Bonnefoy)





Il aura fallu attendre la Biennale internationale des arts vivants pour que cette compagnie canadienne puisse faire ses premiers pas en France dans le cadre de l’Européenne de Cirques organisée par la Grainerie. La compagnie La Marche du Crabe, spécialisée dans les productions artistiques pluridisciplinaires à destination du jeune public, n’en est pourtant pas à ses débuts au Québec. Leur spectacle Le Mobile connait un franc succès outre-Atlantique, car relevant le défi, et non des moindres, de proposer une expérience kinesthésique aux… nourrissons.

Tricoté serré

Guidé par les artistes, chaque spectateur – qu’il se soit aventuré à venir seul ou accompagné d’un enfant – est mené jusqu’à un tapis orné d’un coussin. Chacun et chacune est invité à prendre place dans cet espace désigné, sous un chapiteau constitué d’étoffes colorées, d’instruments de musique, de cerceaux et carrés aériens.
Dès lors que les circassiens ont quitté terre, ne cherchez plus le fil d’une histoire, il n’y en aura pas. Raccrochez-vous aux sons, aux vibrations des différents instruments, aux strates et modulations des voix, elles sont si belles et émergent de toute part. Les corps s’élèvent au-dessus du public, se meuvent avec douceur, créent de nouvelles formes, toujours en mouvement sur leurs mobiles ou leurs drapés. Dès lors qu’ils retrouvent le sol, les lumières changent, deviennent plus franches et les voici devenus des animaux se déplaçant jusqu’aux spectateurs le temps d’une grimace. Les chants, les sonorités et les langues traversent différentes cultures et pays, et l’on croirait presque – presque ! – apercevoir Klaus Nomi dans ce personnage grandiloquent enveloppé d’un drap rouge, dont le regard scrute la foule tandis qu’il chante. Nul besoin de comprendre ce qui se dit : il faut se défaire du langage et « simplement » sentir.

« There was a boy with ten fingers and ten toes »

Il est bon de savoir que de prime abord, Le Mobile se voulait essentiellement à l’attention des adultes isolés dans leur parentalité : leur permettre de réintégrer le monde et la société. Ainsi, l’installation et le dispositif ne sont pas sans évoquer un univers in utero. Bien que l’on y discerne toujours des indices de cette intention, le spectacle s’axe davantage aujourd’hui sur une expérience immersive, basée sur des stimulations – visuelles, auditives ou kinesthésiques –, que les parents sont invités à partager avec leurs enfants. Des bambins qui sont en outre laissés libres de toute expression : pas de gêne à l’idée d’incommoder ses voisins en gesticulations ou autres exclamations. Le public, non contraint par un siège – une aubaine pour les plus jeunes –, peut se mouvoir sur son tapis, s’allonger, s’asseoir, regarder partout autour de lui : ce comédien qui joue du violon plus loin, cette circassienne qui s’enroule et se déroule dans son drap juste au-dessus… Seule contrainte valable pour petits et grands, ne pas sortir des espaces délimités afin de permettre la déambulation des circassiens.
Les différentes ambiances s’enchaînent alors à l’insu du spectateur, absorbé par le mouvement d’un drap ou la rotation hypnotique d’un cerceau, jusqu’au retour à l’apaisement. Seul regret peut-être : on rêverait d’une ambiance de nuit plus plastique, propre à la magie de ces veilleuses qui projettent un univers étoilé sur les plafonds de l’enfance. En revanche, les curieux avides d’expériences peuvent oublier leurs éventuelles réserves quant à l’absence de fil narratif, car c’est là que résident le charme et l’audace de ce spectacle ! Être à l’affût de ses sens et sensations, se laisser aller, et presque uniquement cela ! Un véritable abri de soie qui captive d’emblée les plus jeunes et entraînera les plus âgés s’étant prêtés au jeu de ce cocon d’avant la parole comprise, dans lequel on savoure se lover avant de s’en retourner au monde extérieur.

Renard









Idée originale et conception : Cie La Marche du Crabe
Mise en scène : Sandy Bessette
Avec Sandy Bessette, Julie Choquette, Simon Fournier, Nadine Louis, Teo Spencer
Création sonore : Les artistes avec la collaboration d’Erin Drumheller, Charmaine Leblanc et Mélanie Cullin
Création lumières : Julie Basse
Création scénographique : La Marche du Crabe avec la collaboration de Daniel Bennett et Benoit Archambault
Direction technique et gréage : Benoit Archambault

9 octobre 2019 - Espace Bonnefoy
12 octobre 2019 - La Grainerie