CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Lazare Merveilleux// Théâtre Sorano




MERVEILLEUX HASARD ?


publié le 22/10/2019
(Théâtre Sorano)





En partenariat avec le théâtre du Grand Rond et la Grainerie, et dans le cadre de l’Européenne de cirques, le Théâtre Sorano présente Lazare Merveilleux. Un solo de magie nouvelle pour tout public dès 7 ans, créé et joué par Antoine Terrieux, comédien, circassien et jongleur de la Compagnie Blizzard Concept.

Le prix de l’immortalité

Antoine Terrieux incarne ici Lazare, un personnage issu des légendes du début de l’ère chrétienne associé à la résurrection et à l’immortalité. Le public assiste donc à la renaissance de ce dernier, doté d’un teint et d’un costume qui laissent entendre qu’il a traversé les siècles. A son réveil, le personnage retrouve son entourage, ses amis ou objets de compagnie. Une plante prénommée Neptunia qui communique par des mouvements de feuilles ; Gilburd, un oiseau devenu obèse et incapable de voler ; des ballons rouges flottant et un carnet où Lazare couche ses précieux poèmes.
A quelle époque et dans quel lieu se déroule la scène ? Impossible de le savoir… Dans cette parenthèse hors du temps et du monde réel, Lazare ouvre les portes de son univers intime, à la fois surréaliste, absurde et onirique. L’individu pose un regard empreint de philosophie sur sa situation, et notamment sur sa façon de vivre la solitude imposée par l’immortalité. Pour tromper cet état, Lazare se créé un monde intérieur qui donne à voir la beauté et la poésie des petits riens. A la fois mélancolique et touché par une certaine maladresse, Lazare semble tout droit sorti d’un film de Tim Burton. Un Beetlejuice clownesque et poétique, le caractère limite pathologique en moins et le côté christique en plus. Cet être touchant évolue dans un cycle qui se répète à l’infini et donne à réfléchir sur le temps qui passe, sur ce qui est réel et de ce qui ne l’est pas. Sur la perception qu’a l’homme du monde qui l’entoure. Être immortel… Lazare concentre à lui seul cette magie poétique qu’il tient tant à partager à travers ses poèmes, mais aussi à travers ces agitations d’objets sur un ton burlesque.
La magie fonctionne, le public est emporté, se détache de l’histoire pour mieux se laisser aller à la rêverie. Lorsque la mort est impossible, la continuité doit se faire ailleurs, à un endroit où le réel et l’irréel se côtoient. C’est là où le charme de Lazare opère, renouvelant sans cesse sa capacité presque enfantine à s’émerveiller du rien, de l’invisible, d’un monde imaginaire et surtout à le communiquer.

Vous avez dit magie ?

Cet onirisme et cette magie ne sont possibles que grâce à la mécanique ingénieuse du spectacle. La scène, entourée de rideaux de fils aériens, donne un écrin toute en fluidité et légèreté. Cette scénographie permet un jeu avec les volumes et les déplacements. La mise en mouvement des objets suscite cette fameuse magie des petits riens : une plume, un renard, une plante, un ballon, un carnet… animés avec une pointe de maladresse qui fait sourire. L’attention apportée au visuel peut, par moments, empêcher une vraie rencontre entre le public et le personnage de Lazare, mais ce spectacle d’une grande habileté, insuffle une force poétique avec finesse et intelligence.
Malgré quelques longueurs, Lazare Merveilleux remporte néanmoins le pari de réunir petits et grands, et réconcilie définitivement les déçus de la magie grandiloquente. Par quel moyen ? En démontrant que celle-ci réside dans le regard que tout un chacun porte sur ce qui l’entoure. Lazare, un personnage universel et complexe, dont la générosité et le va-et-vient sans cesse entre réel et irréel ravit tous les âges. Un spectacle qui titille les repères du spectateur, qui éveille les sens et permet un certain lâcher-prise, voire une part d’émerveillement…

Pénélope Baron









Création originale de et avec : Antoine Terrieux
Regard extérieur : Julien Mandier
Dramaturgie : Valentine Losseau
Création lumière et régie : Margot Falletty
Régie plateau : Louise Bouchicot, Bambou Monnet, Erwan Scoizec
Jeu d’acteur : Albin Warette
Costume : Elodie Sellier
Illustration : Tanguy Crovisier
Conception Graphique : Camille Vacher
Regard lumière : Alrik Reynaud
Complicité artistique : Antoine Gibeaux

16 au 18 octobre 2019
Théâtre Sorano