CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

La Part égale// Théâtre du Grand Rond




JE SUIS UNE FEMME


publié le 07/04/2019
(Théâtre du Grand rond)





Avec La part égale, Chloé Martin nous propose un seule en scène qui déménage. Au sens propre comme au sens figuré.

On ne naît pas femme,…

Chloé Martin prête une nouvelle fois sa voix aux femmes, à leurs droits et à leur place dans la société. Ici, c’est à travers Justine qu’elle s’exprime, une jeune femme qui, entre deux cartons, nous livre ses pensées et ses réflexions. C’est l’heure de l’état des lieux ! Des éléments structurants ou omniprésents dans la société sont passés au crible, à commencer par ce bon vieux dictionnaire qui a du pain sur la planche en termes d’égalité. Mais ce sont les fondements qui effraient le plus, ceux qui sont censés façonner les citoyens de demain, la grammaire, la biologie, l’éducation civique,… Cela fait bien trop longtemps que le « masculin l’emporte sur le féminin ».
Cet état des lieux, sans jamais tomber dans le procès, nous place face au miroir de notre propre société, une société qui nous propose, comme moyen de communication, une langue qui présente elle-même des aberrations langagières, voire des freins « invisibles » à la parité femmes-hommes. La publicité n’est pas en reste, en plus de nous inciter à consommer, elle nous impose, parfois ouvertement, parfois plus subtilement, une véritable tyrannie de la beauté. Un diktat : il s’agit de rentrer dans le moule, d’être toujours au maximum de sa forme. On ne naît pas femme, on le devient ? Oui mesdames, il faut souffrir pour être…
Les contes pour enfants et leurs stéréotypes du prince et de la princesse sont aussi de la partie, en somme tous les repères qui nous ont façonnés et qui nous façonnent encore sont analysés, critiqués et ajoutés à la liste des freins à l’évolution de la parité femmes-hommes.
A travers La part égale, c’est une artiste, une militante et une femme qui s’exprime. Chloé Martin dénonce les tabous, les préjugés, l’histoire, la politique, la religion, tout ce qui fait que les femmes s’imposent des règles ou des comportements contre-natures. Elle s’efforce de trouver le mot juste et montre ainsi que le chemin vers la part égale part de là, précisément : des outils du langage. Grâce à un rythme dynamique et haletant, Justine parvient à passer en revue des sujets aussi graves que légers, le viol, le monde du travail, l’éducation, le langage,… Le tour de force de Chloé Martin est de ne jamais tomber dans l’agressivité ou l’opposition binaire, mais de dresser un état des lieux, avec poésie et humour. A travers le personnage de Justine, elle parvient à libérer la parole, on ne peut que s’identifier à cette jeune femme de son temps qui se pose des questions justes sur son environnement quotidien et la société. Une main de fer dans un gant de velours pour un combat contre la bêtise humaine. C’est le printemps, délions les langues !

Pénélope Baron









La D’âme de Compagnie
De Chloé Martin
Mise en scène : Anne Marcel
Avec : Chloé Martin

© Doumé

7 avril 2019
Théâtre du Grand Rond