CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Jean-Claude dans le ventre de son fils// Théâtre du Grand Rond




UN PINOCCHIO DES TEMPS MODERNES


publié le 03/02/2019
(Théâtre du Grand Rond)





Dans la même lignée que le jubilatoire Batman contre Robespierre, le Grand Colossal théâtre est de retour avec une création au titre appétissant et farfelu, Jean-Claude dans le ventre de son fils.

Tuer le père

Nous retrouvons donc Jean-Claude, fidèle à lui-même. Un homme comme tout le monde, un type banal, le Français moyen, si cela existe. Cette fois, Jean-Claude va goûter aux « joies » de la paternité. Inspiré du mythe de Jonas qui fut englouti par un monstre en fuyant son destin, l’histoire de Jean-Claude (dont la spécialité reste l’inaction, seul moyen de ne pas prendre de risques dans la vie), son histoire, donc, est à peu près similaire, si ce n’est que le monstre en question prend l’allure d’un bébé. Un beau bébé de 110 kg. A peine né, Toto, nouvel Œdipe autoproclamé, n’est pas d’accord avec son destin ; ce bébé insatiable à l’appétit ogresque va, telle une mini-tornade, aspirer ses parents et tout ce qui gravite autour de lui. Littéralement.
Une nouvelle épopée pour Jean-Claude, un voyage initiatique à travers les affres de la vie. Le rêve de paternité qui se transforme en cauchemar, la culpabilité d’avoir imposé ce monde à un être qui n’a rien demandé, la routine, la disparition de la vie de couple, du peu de vie sociale… La vie de famille en prend un sacré coup ! C’est un rien sadique, à en devenir jouissif.

Ici, c’est mon fils

A l’instar des précédents spectacles, la scène est épurée, aucun décor ni accessoires ne viennent entraver le jeu des comédiens, jeu placé au centre de tout, soutenu par des dialogues ciselés et une rythmique effrénée. Les enchaînements laissent peu de répit au public, tenu en haleine d’un bout à l’autre. Une dizaine de personnages, emmenée par les trois comédiens virtuoses qui gravitent autour de Jean-Claude : cette galerie emporte les spectateurs d’un lieu à un autre et apporte le relief et l’énergie que cette tragi-comédie mérite.
L’idéal familial est pulvérisé, mais ce n’est pas grave car la rédemption réside dans l’exaltation de chacun. Comme toujours avec le Grand Colossal Théâtre (et c’est ce qu’on aime chez eux), on perd progressivement pied dans cette réalité aux frontières mouvantes, pour basculer dans un monde aussi absurde que fantastique. Loin d’un pamphlet social et plus proche d’une caricature au vitriol, le regard que pose la compagnie sur la société n’en est pas moins acide.
Espérons que ce ne soit que le début des aventures de Jean-Claude, ce Pinocchio des temps modernes qui peut-être, un jour, deviendra un vrai petit garçon !

Pénélope Baron









Grand Colossal Théâtre
D’Alexandre Markoff
Mise en scène : Alexandre Markoff
Avec Sébastien Delpy, Nicolas Di Mambro, Sylvain Tempier, Aline Vaudan

Jusqu'au 9 février
Théâtre du Grand Rond