CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Intime combat// La Cave poésie - René Gouzenne




L’OMBRE D’UNE INTIMITÉ


publié le 07/10/2018
(La Cave Poésie - René Gouzenne)





Bruits métalliques, profonds et sourds : le petit espace de la cave voûtée est rempli par un son composé de superpositions, de plages instrumentales ou électriques, étirées. Classique ou bruitée, la musique a souvent un rythme cyclique, quelque chose d’une mécanique – un balancement, une roue qui tourne, une sourde technique mise en branle, où résonnent des voix, des textes et des mots, souvent en allemand, pour cet Intime combat de Pascal Delhay et Caroline Engremy.

Dé-com-position

Une vitre en avant-scène est posée comme une porte au centre du plateau ; quoi qu’elle cloisonne, elle concentre en réalité le regard du public et dessine une ouverture qui fait loupe, attire et attise ; on fait du lèche-vitrine sur du vivant et du mouvement.
L’éclairage en douche découpe les corps à la verticale ou délimite un espace de jeu : dans le halo apparaissent à la loupe, en détails, les mouvements. La lumière leur donne une étendue et isole toutes leurs origines possibles dans la sphère corporelle ; chacune a une couleur rouge, bleu, vert qui marquent des moments bien délimités au fur et à mesure des morceaux de musique.
Dans le noir et les jeux d’ombre et de lumière verticaux, deux corps prennent l’espace selon des marches, des poses dansées, des gestes travaillés à partir des mains, du visage ou de la silhouette. Ils développent une parole qui semble émouvoir et mouvoir leur physique : leurs formes y sont troussées, leurs gestes décomposés en partitions lisibles dans l’air, grossis et libérés par les effets de contraste de lumière et de vitesse ; car l’espace en contre-champ est maintenu dans un noir complet et le battement des musiques puissant.
La voix est toujours présente, sous forme de motif sonore, bande son ou exercices vocaux en ondes multiples (du souffle au chant) produits sur le plateau. L’image d’un discours est fortement suggérée ; se met à l’œuvre un dialogue dans l’échange d’un regard contre des intentions et des expressions. Dans cette ambiance d’échos et de miroir avec le public, créée par la vitre dans laquelle se cadrent les interprètes, se joue peut-être la question du reflet essentiel de l’autre en soi, l’image d’une voix intérieure, commune, mais impossible à partager : c’est là une tentative de dévoiler un discours intime, intérieur, dont les vibrations et les spasmes nous arrivent dans l’ondoiement d’un texte gestuel et par le jeu des distances prises avec la transparence de la vitre.

Suzanne Beaujour









Caroline Engremy, chant
Pascal Delhay, danse et chorégraphie

7 octobre 2018
La Cave poésie - René Gouzenne