CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Imago-go// Centre c. de Ramonville, La Place de la danse




CHRYSALIDES DU TWIRLING


publié le 13/03/2019
(Centre culturel de Ramonville)





La Madrilène Marta Izquierdo Muñoz ouvre, avec Imago-go, un triptyque autour de groupes féminins fixés par la tradition ou l’imaginaire collectif. Tandis que le second volet s’annonce comme une réflexion sur des communautés guerrières, cette première création s’empare d’une icône en voie de disparition, après des décennies de gloire au XXe siècle : la majorette.

Métamorphoses d’une icône

Le seul nom fait sourire, et l’image suit aussitôt. Même ses lointaines cousines, les pom-pom girls ou cheer-leaders, davantage relayées par les chaînes américaines, semblent moins désuètes. Parce que nous sommes en 2019, parce que le rapport au corps féminin évolue sensiblement, ou plus simplement, parce que nous sommes dans le sud-ouest. Dans certaines régions de France, les majorettes sont nettement moins démodées. Martiales ou festives, toujours déclinées au pluriel, elles furent longtemps – et restent, paraît-il – un incontournable des défilés, fanfares et carnavals.
Pour aborder cette figure, Marta Izquierdo Muñoz conserve l’accessoire phare de Practice makes perfect : le bâton. Quatre interprètes portent au plateau cette danse sportive, cette gymnastique chorégraphique, cette étrange pratique pluridisciplinaire qui a de quoi faire lever le sourcil dans le milieu de la jongle. Ici, la mixité s’impose, et apparemment elle n’est pas si rare qu’on le croit dans les rangs des major(ette)s. Deux danseurs, deux danseuses : quatre morphologies différentes. Les chorégraphies et costumes uniformisent, tandis que les corps trahissent, refusent. La danse se fait lignes, angles, seuls les bras se libèrent dans une géométrie très contrainte, où l’on marche au pas.
Il faut écouter Marta Izquierdo Muñoz parler de sa création pour comprendre combien les majorettes la fascinent ; son regard n’est pas si moqueur qu’on pourrait le penser à la vue d’Imago-go, chargé de burlesque, d’œillades catastrophées, voire de travail clownesque. Le rire est clairement recherché sur le deuxième tiers de la création, qui bascule ensuite dans une approche plus symbolique, référentielle, où une quête de sens opère, sans que l’on identifie clairement ce qui est tenté, en terme de cheminement et d’aboutissement. On préfère encore le premier tiers, plus minimaliste et précis, quand le montage sonore travaille les corps, obligeant les majorettes à des variations rapides entre divers folklores et des hiatus esthétiques dus à la musique, qui bousculent l’image que nous en avons. Par la suite, l’écriture de plateau contamine le champ chorégraphique, des intentions surgissent, rendent la perception alambiquée ; on s’y égare, sans y trouver prise ni réel plaisir. On note l’assimilation technique effectuée par les interprètes, mais on le note froidement, et ce n’est pas là rendre honneur à leur travail… Légère déception face à la construction de la chose, donc.
L’empreinte du second volet sera-t-elle plus nette ? Réponse en 2020.

Manon Ona









Conception, chorégraphie : Marta Izquierdo Muñoz
Interprétation : Éric Martin, Angèle Micaux, Adeline Fontaine, Fabien Gautier
Assistant à la chorégraphie : Éric Martin
Dramaturgie : Youness Anzane
Création lumière : Anthony Merlaud
Création son : Benoît Bouvot
Costumes : La Bourette

Photo DR

Le 13 mars 2019
Centre c. de Ramonville, La Place de la danse