CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Ibidem// ThéâtredelaCité




LES EMPREINTES DE LEURS PAS


publié le 06/10/2019
(ThéâtredelaCité)





« Tu n'as d'existence qu'au travers de ton empreinte sur la mienne.
T'écrire, ce n'est rien d'autre que faire le tour de ton absence. Décrire l'héritage d'absence ».
L'autre fille, Annie Ernaux

 

Entre le Théâtre du Grand Rond et le ThéâtredelaCité, il y a seulement quelques ruelles à franchir mais pas des moindres. Passant ainsi d’une reconnaissance locale à une visibilité nationale, cinq ans ont suffi à la compagnie OBRA pour faire le bond. Le spectacle Ibidem marque ce tremplin. Ironie du sort : le projet a été conçu au cœur du Gers et se retrouve programmé dans le cadre de la Biennale internationale des arts vivants. Rural ne rime donc pas forcément avec isolement. Au contraire, la compagnie OBRA cultive un cosmopolitisme qui donne de l’épaisseur au projet artistique. Elle inscrit sa recherche dans le territoire in-situ. « Dis-moi d’où tu viens, je te dirai qui tu es ? »

« Nous n’avons que notre histoire et elle n’est pas à nous »

José Ortega y Gasset

Quatre ombres se détachent de l’obscurité. La sensualité des premières secondes est intarissable pour les chanceux qui ont pu s’asseoir au premier rang. À gauche, à droite ou au-devant de la scène – aucune importance tant que la place est sauve. Photographier dans sa mémoire un court instant de silence avant que tout s’enchaîne. Puis c’est la déferlante – musique live – danse – témoignages. Les interprètes jouent un double jeu tout au long de la pièce. Ils dansent et s’interrompent parfois pour témoigner. À tour de rôle, ils se transforment en crieurs comme sur la place du village. Ils sont les porte-paroles d’un théâtre documentaire. Certains mots ont conservé leurs sonorités gersoises. La compagnie OBRA a glané ces récits pendant des mois. Pour la metteuse en scène Kate Hannah Papi, c’est une façon de se réapproprier une terre dont elle n’est pas originaire mais qui l’accueille depuis plusieurs années. Croiser des fragments de vies pour former une nouvelle histoire. Interroger un territoire rural pour voir ce qui en découle. Réaliser que la tâche est vertigineuse. Faire la somme d’un travail presque anthropologique : l’urgence environnementale, l’exode, les traditions, les légendes et l’identité. I-bi-dem, c’est tout ce que compose cet espace et qui se retrouve ici, au ThéâtredelaCité.

« Il faut passer le message »

Imaginez qu’on vous susurre ces mots à l’oreille. Frisson. Un petit quelque chose de fantasmagorique qui plane dans l’air. Ibidem est un hommage aux coins de paradis qui n’ont pas encore été détruits, à leurs secrets et à leurs mensonges. Qu’importe tant qu’ils demeurent. La cause environnementale est minoritaire sur les scènes de théâtre. Elle commence tout juste à percer le plancher et il est bon de l’entendre. Il y a encore beaucoup de choses à dire. Ça se sent. Ibidem clame un grand nombre d’informations en peu de temps. Ça secoue de tous les côtés ! Des percussions, de la chorégraphie, des paroles cosmopolites. Par sa forme, le spectacle s’impose une précision bienvenue. Tic tac tic tac. Une bombe à retardement. La relation entre la chorégraphie et la parole est fragmentaire. Il y a d’abord la thématique du Gers qui sert de colonne vertébrale à la pièce. Il y a aussi cette part belle laissée au sensitif, à l’impact du paysage sur les corps. Comme pour donner envie aux autres d’aller y vivre leur propre expérience. À nous autres citadins sensibles au folklore du village ainsi qu’à la mélancolie. Alors, que faire de cette fusée de détresse envoyée dans la ville ?

Clémentine Picoulet









Durée : 1h15

Compagnie : OBRA
Mise en scène : Kate Hannah Papi / Cie OBRA
Avec : Rachel Alexander, Oliviero Papi, Mélanie Tanneau et Fabian Wise
Musique : Eilon Morris
Création lumière : Nicolas Delue

© DR

1er au 03 octobre 2019
ThéâtredelaCité