CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Hiver// Lieu-Commun - FIMM+




BRRR


publié le 10/11/2018
(Lieu-Commun)





Certains espaces semblent conçus pour accueillir certaines créations, et l’immaculé Lieu-Commun, avec son blanc sur blanc au plafond exceptionnellement bas, offre un cadre idéalement frigorifique à la compagnie Process. Après avoir dansé l’été, Marielle Hocdet et Matthieu Cottin dansent l’Hiver.

De glace ?

Dans l’histoire des arts, les saisons promènent différents écueils – gros risque de s’embourber dans le figuratif, le psychanalytique, l’abusivement symbolique. Plus périlleux pour le théâtre, ces risques peuvent néanmoins guetter la danse contemporaine. La compagnie Process semble avoir exploré plusieurs pistes et en approche quelques-unes de front, dans une forme traversante, séquentielle, qui ne s’installe jamais et parvient à se positionner sur différents seuils esthétiques. Les sapins couverts de neige artificielle sont un bon exemple de ce travail assez subtil : évidentes traductions de la magie hivernale, ils sont assumés à la fois pour leur part de kitsch, leur onirisme et leur projection fictionnelle ; si les danseurs les posent et alignent avec une trivialité commerciale, ils s’y promèneront ensuite en animaux sauvages. Une bascule de lumière suffit à promouvoir le plastique illusoire en vraie forêt de conte – rien ne semble contradictoire dans ce petit univers dont les modulations, si elles pourraient se multiplier, et en séquences plus courtes, sont déjà riches en suggestions.
Très au contact au début, avec une part importante accordée aux portés et soutiens, la danse déploie ensuite les corps sur le plateau, de façon plus ou moins catastrophée. L’émotion y est particulièrement contenue, c’est là l’aspect le plus glacial. Les danseurs s’engagent sans installer une lecture ; s’agit-il de jouer le froid ? La peine à évoluer sur la glace, soutenue par une bande-son très emportante ? L’aisance à y déployer les gambettes, tels des patineurs ? A la fois rien et un peu de tout cela, le geste chorégraphique caresse la figuration de l’hiver à distance, donne la saison à percevoir, sans la jouer excessivement ; sans doute est-ce bien là danser une saison.

Manon Ona









Conception et interprétation Matthieu Cottin et Marielle Hocdet
Regard extérieur Stéphanie Moitrel
Création Lumière Christophe Barrière
Régie vidéo Antoine Carrère

© Mona – Le Clou dans la planche

10 novembre 2018
Lieu-Commun - FIMM+