CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Histoire(s) de légumes// Théâtre du Grand Rond




"À L'ÉCOLE BUISSONNIÈRE DES TRÉSORS DE LA TERRE"


publié le 16/09/2020
(Théâtre du Grand Rond)





« Un oignon suffit à faire pleurer les gens,
mais on a pas encore inventé le légume qui les ferait rire » 
Will Rogers

 

Et si le spectacle Histoire(s) de légumes, présenté au Théâtre du Grand Rond, faisait mentir l’adage de l’acteur américain Will Rogers ? Ici on compte bien se fendre la poire à grand coup d’expressions et histoires légumières ! Finalisée en 2019, l’idée du spectacle germe trois ans plus tôt lors d’une création in situ pour le festival éco-citoyen Cinéfeuille, en partenariat avec le CPIE* des Pays Tarnais. Proposé par la compagnie albigeoise Les Mouches du Coche, ce conte du potager s’articule autour d’une « causerie en bonne compagnie » : celle d’Hortense de la Quintinie, arrière-petite-fille de Jean-Baptiste de la Quintinie, fameux agronome du potager du Roi Soleil à Versailles et « directeur de tous les jardins fruitiers et potagers royaux ». En digne héritière de cette épopée horticole, cette dernière, tout sourire édenté et perruque foisonnante, accueille le public de curieux, sautillant sur des notes de clavecin et faisant de temps à autre une révérence maladroite.

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es »

Dans une lumière aux tons chauds baignent quatre éléments de décor distincts : un « balai épouvantail » affublé d’une chemise rayée bleue, une grande marmite en cuivre ayant sûrement accueilli de savoureux plats mitonnés ; un tableau de natures mortes, qui révèle ses secrets une fois retourné… et surtout, une grande armoire, chapeautée d’inscriptions allant de la Préhistoire jusqu’au XXe siècle. Il n’en faut pas plus pour piquer la curiosité du spectateur, impatient de savoir ce qu’elle contient. Est-ce une armoire à remonter le temps ? Un garde-manger plein de mystère ? La réponse est apportée par le personnage haut en couleurs et plein d’enthousiasme qu’est Hortense de Quintinie, ouvrant les portes de son cabinet de curiosités aux yeux du public. Il faut dire que le décor est finement réalisé et pensé. En un véritable bric-à-brac, portes et tiroirs dévoilent de multiples surprises colorées au service de l’histoire qui est racontée : celle de la place des légumes et de l’évolution de leur consommation au fil des siècles. À grand renfort de danse et de chants, le spectateur est invité de manière ludique à prendre part au chachacha des choux, un itinéraire des différentes variétés de choux consommées dans le monde. D’autres propositions suivent, comme rentrer dans la ronde des légumineuses, se questionner sur la multitude de légumes et leurs familles, mais aussi évoquer le contraste alimentaire encore existant entre le peuple et le clergé.

« Est-ce que c’est normal de nous étouffer dans du plastique ? »

Matérialisé par un « vilain » épouvantail, le consommateur moyen, le « peuple parasite » tente de faire entendre sa voix. Le spectacle change alors radicalement de ton, questionne l’avenir alimentaire de la société actuelle et fait écho aux problématiques écologiques qui y sont liées. Qu’en pense la terre ? Et ceux qui s’y développent et y grandissent pour nourrir les êtres humains ? C’est avec humour que la parole est donnée aux légumes, qui font leur « révolution » sur scène et encouragent le public à les suivre dans leur lutte. Par le prisme d’une mise en scène au comique enfantin, c’est une véritable réflexion sur la société de consommation à travers sa propre histoire qui est proposée. « Notre nourriture reflète notre culture » : mais surtout la condition des citoyens qui composent un pays, leur classe sociale, engendrant souvent un clivage entre les différentes strates de la société. Le « peuple » est alors malmené, accusé de refuser « le progrès », forcé à se nourrir de « tomator » (un subtil mélange de tomate et de multiples produits chimiques).
Dans l’air du temps et dans la lignée des combats écologiques contemporains, Histoire(s) de légumes permet d’aborder les questions de l’alimentation, de ses origines et de ses dérives actuelles à travers un cheminement historique et distrayant. Il reste en tout cas un spectacle plein d’espoir… Rassurez-vous, les carottes ne sont pas encore (toutes) cuites.

Séverine Pailhé-Bélair









Compagnie : Les Mouches du Coche
Mise en scène : Mathilde Henry, Sébastien Osmont
Avec : Audrey Campourcy (en alternance avec Léa Nataf), Bérengère Deméautis
Décor : Audrey Campourcy / Made in earth

© Cloe Julien

 

* : Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement

Du 9 au 26 septembre 2020
Théâtre du Grand Rond