CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

U-Machine// La Grainerie (CIRcoTEC)




HYPNOTIQUE


publié le 13/02/2019
(La Grainerie)





La drôle de création que voilà… Programmée dans le cadre de CIRcoTEC, temps de réflexion sur ce que le numérique peut apporter aux arts du cirque, U-Machine propose une étrange expérience sensorielle. Sans se désincarner totalement, la danse et le cirque y intègrent une esthétique virtuelle, avec un dialogue technologique qui déplace notre vision du corps de l’artiste.

Solo sur logiciel

C’est avant tout une transe de pixels, qui capture le regard par diverses modélisations, enchaînées en live et soutenues par les nappes d’une composition musicale électronique. Lignes, vagues, formes hélicoïdales, cubes, motifs psychédéliques, blob souple : le logiciel créé par ces explorateurs du numérique déploie une géométrie mouvante, aux réactions vives, comme si les pixels répondaient de façon tactile au corps de la danseuse – sur cet aspect, certains passages sont bluffants. De taille moyenne, l’écran de projection sert aussi à jouer avec l’ombre de Marie Clain, qui évolue tantôt devant tantôt derrière. Où qu’elle se trouve, sa silhouette se détache distinctement sur la puissance lumineuse de ce que l’on pourrait considérer comme une scénographie numérique.
Pratiquant la pole dance, Marie Clain travaille sur une exacte frontière entre la danse et le cirque. La barre se dresse devant l’écran de projection, lui ouvrant une troisième zone d’évolution. Presque nue pour en gripper le métal, enchaînant les tricks, inversions, et autres spins (rotations), la danseuse exploite les possibles de cette discipline aussi athlétique que sensuelle. Elle sait pole-danser, Marie, on ne lui enlèvera pas ça ! La lenteur méthodique de ses rotations, doublée par l’élégance des volutes numériques, en fait une créature en voie de désincarnation.
La chose est belle à voir et les premières minutes, véritablement captivantes. L’association entre l’univers virtuel et ce corps féminin infiniment gracieux n’est pas sans rappeler les tropismes de l’animation japonaise, sinon quelques vieux génériques psychédéliques où des silhouettes sexy se détachaient sur couleurs nettes ; vous voyez ? Fatalement, on attend que cette matière fasse l’objet d’une réflexion, quelque chose autour de ce corps féminin prisonnier d’un environnement virtuel qui conditionne le regard. On attend, et vers la fin, on y croit pendant quelques secondes, mais non. C’est à peine si la grâce de la danseuse s’altère ; on voudrait la voir s’effriter, se salir, briser la transe, faire exploser le cadre. U-Machine est toujours en évolution, voilà une bonne nouvelle ; plutôt que de chercher des ressources dans l’infini des modélisations numériques, il va falloir les chercher dans l’écriture. Que veut-on nous montrer ici ? L’esthétique est frappante, mais on ne dépasse pas encore la prise d’otage visuelle, qui s’essouffle assez vite – c’est tout le problème de l’hypnose.

Manon Ona









Chorégraphe & interprète : Marie Clain
Compositeur, artiste visuel & metteur en scène : Amine Rachad
Artiste visuel : Valentin Bachelot

© Amine Rachad

Le 12 février
La Grainerie (CIRcoTEC)