CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Fraternité// Théâtre du Grand Rond




DANSER LA PARENTHÈSE


publié le 21/10/2017
(Théâtre du Grand Rond)





Une proposition artistique accessible aux enfants de 3 ans, on sait faire ou on ne sait pas. La vérité se chuchote régulièrement derrière les portes des théâtres, des centres culturels : pour ce qui est de la démarche artistique, sur le créneau petit enfance il y a souvent de quoi pleurer. Rangez les mouchoirs : la compagnie Filao, elle, explore cette zone à risque depuis pas mal d’années et se débrouille plutôt bien. Sans doute parce que la danse fait, davantage que le théâtre, écho à ce rapport très intuitif que l’enfant entretient avec son corps, ce corps qu’il déchiffre, dont il approche l’expression bien avant de se sentir à l’aise avec cette pâte moins immédiate à modeler qu’est le langage verbal.

Les souris dansent

En voix off, une maman pressée multiplie les recommandations, les rappels à la vigilance. Elle s’apprête à laisser ses enfants seuls et dans le salon, la sœur et le frère gigotent déjà. Une merveilleuse parenthèse va s’ouvrir, quelques secondes d’impatience puis… Le chat n’est plus là : liberté, j’écris ton nom.
Au programme, bêtises et chamailleries en tous genres, complicité, gros chagrin et réconciliation. Projection de l’enfance sur le plateau ‒ ses micro-histoires, ses émotions à la chaîne, le tout sans le moindre mot. Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu dansent comme l’enfant joue, comme il explore cet espace de vie qu’il a à négocier avec l’autre. Les objets circulent, se lancent, se chapardent ; la relation fraternelle implique des duos de tendresse comme des affrontements. Net et coloré, le tableau d’ensemble attrape l’œil dans la simplicité, grâce à l’épure scénographique proposée par Alessia Wyss, aux costumes carotte d’Elodie Sellier et aux lumières de Paulin Brisset.
L’univers sonore apporte une sacrée matière : mêlant chants et MAO, Assia Maameri tire certaines séquences loin de l’univers ludique, et ce n’est pas plus mal. Jouer l’enfance n’est assurément pas, dans l’histoire, le plus intéressant. Parce qu’il se penche alors sur une façon de recréer le réel, le duo stimule bien mieux l’imaginaire lorsque la danse quitte le terrain des attitudes identifiables, quand elle cesse de jouer le jeu et la joie ; en somme, lorsqu’elle déserte toute tentation de mimétisme ou de théâtralité pour signifier d’une façon autre, pleinement chorégraphique.
Pour la danse contemporaine, il n’y a vraiment pas d’âge.

Manon Ona









Jeune public dès 3 ans

Mise en scène et interprétation : Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu
Chorégraphes : Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu
Création musicale : Assia Maameri
Création lumières : Paulin Brisset
Costumes : Elodie Sellier
Scénographie : Alessia Wyss

© Camille Chalain

Le 21 octobre 2017
Théâtre du Grand Rond