CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Folies ordinaires// Théâtre du Grand Rond




UNE HISTOIRE VRAIE ?


publié le 08/06/2018
(Théâtre du Grand Rond)





Après un premier passage à Toulouse en 2012, la compagnie gersoise Monde à part, passée maître dans l’art de la parole et de sa transmission, revient avec Folies Ordinaires. Une épopée poétique qui invite à un voyage conté et survolté. Un spectacle accessible dès huit ans, qui continue à faire vivre toute la magie qui entoure le conte chez les enfants et ceux qui le sont restés.

Au bout du conte

Comédien, metteur en scène et marionnettiste, Frédéric David nous entraîne dans un village de France en pleine ruralité, à travers la voix du petit Ancelin ; un garçon rêveur qui partage ses blessures liées à l’abandon mais pose un regard curieux et poétique sur son quotidien, son environnement et les personnages qui l’habitent. Toute la magie du spectacle réside dans la capacité de Frédéric David à se glisser dans la peau de ses personnages pour en faire ressortir leur cocasserie, leurs contours, aussi hors normes qu’attachants. C’est tout d’abord un voyage verbal que nous propose ce créateur du festival des « Arts de la parole » à Riscle : un art subtil entre poésie et humour qui, grâce au conteur-acteur, reçoit toute l’oralité qu’il mérite. Cette base, dont l’écriture fait rire autant qu’elle touche, est sublimée par l’acteur qui met toute son énergie corporelle et gestuelle au service des mots. Le débit verbal, les mimes, le bruitage, les expressions, chaque personnage est mis en relief dans sa singularité. Il ne manquait que la musique pour garantir des envolées à cette cadence déjà équilibrée. C’est bien à deux qu’ils portent cette histoire : Jeff Manuel accompagne le conteur, il apporte une résonance à l’histoire tout en l’amplifiant, il donne le tempo et propose des ambiances sonores avec ses notes de guitare intimistes ou exaltantes. Entre réel et irréel, les pistes sont souvent brouillées mais l’énergie, le partage et la générosité sont bien présents sur scène et c’est là que se joue toute la force de la transmission. Entre souvenirs d’enfance et imaginaires débridés, le voyage est garanti, cette galerie de portraits invraisemblables pose le décor pour une histoire tout aussi incroyable.

La grande Histoire

A travers ce bout d’humanité décrit, ce patchwork d’individus dont l’intelligence du cœur n’égale que leur originalité, Frédéric David aborde aussi l’humanité avec un grand H. C’est ici l’enfant, avec son regard poétique sur le monde, qui pousse à se questionner sur les vérités que les hommes se construisent. Ancelin se sent exister et se nourrit de la beauté du quotidien, des petits riens qui font tout. Il suffirait de lever les yeux vers le ciel pour voir du beau et prendre conscience de son appartenance à une humanité. A travers ce regard de grand enfant nourrissant ses récits de vie par un imaginaire débordant, ce conte poético-humaniste rend compte de l’humanité dans ce qu’elle a de pluriel, dans sa forme la plus pleine. Une invitation à garder son grain de folie, pour reprendre conscience de la nécessité de rester ouvert au monde.

Pénélope Baron









 

Compagnie : Monde à part
Mise en scène : Rémy Boiron
Avec : Frédéric David et Jeff Manuel

© Pierre Boé – Le Clou dans la planche

8 juin 2018
Théâtre du Grand Rond