CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Fautes de frappe// Le Fil à Plomb




UNE SEULE LETTRE VOUS MANQUE ET…


publié le 30/11/2018
(Le Fil à Plomb)





Lointaine cousine de Sol (vous savez, ce clown de Marc Favreau qui s’emberlificote dans la langue française et réinvente le monde au fur et à mesure qu’il parle), Juliette Kapla propose un « one-woman show dyslexique », où les Fautes de frappe se théâtralisent : elles deviennent à la fois permutations verbales et pertes de contrôle physique. Juliette est un « grand corps salade » qui oublie les scaroles des chansons.

« Toute la nuit ils mangent des p’tits jours »

Trois axes sont explorés ici, l’artiste n’a rien négligé et s’engage pleinement dans son solo : le travail vocal (chant), le travail du corps (danse, contorsion) et l’écriture de petits chapitres, pas vraiment des sketchs, plutôt des parenthèses qui s’ouvrent puis se ferment ; certaines portent sur l’actualité. La dérision veille sur l’ensemble et offre au regard un personnage sympathique et attachant.
La paronomase règne en maître dans cette bouche : un mot pour un autre, dirait Jean Tardieu. Sur le principe, on adore : certaines collisions (de vocables) bien choisies, certaines mises en réseau (lexical) bien filées – on s’y régale ici et là, car il y a de vraies trouvailles dans cette partition. Le souci, c’est que l’oreille entre dans une mécanique verbale continue. Juliette Kapla parle de lapsus, mais toutes ses permutations n’en sont pas. Intéressant et très drôle par endroits, son solo se dilue dans son procédé : trop de mots permutés, de façon systématique, à chaque phrase. Sans doute faudrait-il sélectionner les substitutions les plus poétiques, d’une part, les plus signifiantes et révélatrices, d’autre part, et travailler l’impulsion langagière, le lapsus au sens psychanalytique du terme. Cette idée que les mots et les gestes puissent échapper au contrôle : c’est une excellente base burlesque, mais elle implique des ruptures de rythme et un gros lâcher-prise sur le psychologique. Cette écriture un rien bavarde pourrait se cintrer ; un travail d’épure qui bénéficierait aux pistes corporelles, ces moments où Juliette se laisse dominer par son corps pouvant entrer davantage en dialogue avec le concept de lapsus. Il manque un vrai clown à ce personnage, sans doute est-ce tout simplement cela. On l’entrevoit épisodiquement, et cette mise en bouche ferait, si le clown dézinguait la formule one-woman show, un petit jour délicieux à croquer.

Manon Ona









 

Auteur, Interprète, mise en scène : Juliette Kapla

crédit : Mona

30 novembre 2018
Le Fil à Plomb