CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Évolution, opus 3// L'Espace Roguet




LES PEAUX SOUS LA PEAU


publié le 30/03/2019
(L'Espace Roguet)





L’opus 1 rassemblait trois artistes, l’opus 2 présentait un duo, et c’est en solo que Laurence Katz explore le dernier volet de son triptyque de danse anthropologique, Evolution. Vous n’imagineriez peut-être pas une telle proposition face à un public scolaire, composé de primaires et de collégiens, c’est pourtant ainsi que l’on découvrait, à l’Espace Roguet, la dernière étape d’un travail mené depuis 2014.

Poils, chair, costumes

Laurence Katz se dévêt et endosse, sa danse mute en fonction de l’habit et des accessoires qu’elle porte. Il s’agit moins d’une circulation que d’une série d’images : elle génère des instantanés, se construit à travers des gestes mesurés, des poses et des pauses. C’est un corps traversé : par des âges, par l’histoire humaine, par des cultures. Japonaise, en particulier, et on appréciera le costume vivant, lui-même évolutif, conçu avec Sylvie Commagnac pour le dernier tiers du solo. Ainsi que le déplacement de certains motifs visuels associés à l’imaginaire asiatique – argile verte au lieu du fard blanc, mobile servant de gong (et joliment éclairé par les lumières de Marion Jouhannaud), poudre de riz voletant sur les vêtements et les cheveux, séance de maquillage adoptant le rythme d’une cérémonie du thé… Cette dernière partie ne présente pas les habituels défauts des approches culturelles, souvent très exotiques. Sa pertinence dans le parcours proposé n’a d’autre fondement que l’amour de l’artiste pour la culture japonaise, mais une fois acceptée l’invitation individuelle (plus qu’universelle) de Laurence Katz à traverser ses propres peaux, on se prend au plaisir des images.
Formée aux arts martiaux avant de venir vers la danse, puis au yoga par la suite, la chorégraphe a une approche du corps très différente de ce que nos plateaux offrent habituellement. C’est un corps qui assume son existence de corps. Si Laurence Katz ne présente pas ici un sujet fondamentalement nouveau – la métamorphose, donc –, son solo séduit par une présence singulière, due à son histoire, mais également à son âge. C’est beau à voir, cette puissance sereine du corps humain, ce corps qui s’écoute. C’est une histoire intime qui nous est contée là, et étrangement, alors même que l’écriture ne cherche pas à surligner, étiqueter, ni même amener de la logique, le jeune public ne décroche pas et demeure concentré, curieux, amusé parfois, face à cette tranquille assurance avec laquelle la danseuse fait voyager son propre corps.

Manon Ona









Chorégraphie, bande son, scénographie : Laurence Katz
Regard extérieur aide à la scénographie : Sylvie Commagnac
Interprétation : Laurence Katz
Costumes : Sylvie Commagnac, Laurence Katz
Création lumière : Marion Jouhannaud

© Mona – Le Clou dans la planche

30 mars 2019
L'Espace Roguet