CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Esquisses// Chapiteau L'Agité, Tournefeuille - MARIONNETTISSIMO




PAPEROLLES


publié le 25/11/2018
(L'Espace Bonnefoy)





Le travail marionnettique de Barbara Mélois se développe en explorations monomaniaques : elle plonge dans une matière, de préférence peu familière à son art, et en explore tous les possibles pour leur donner formes et mouvement. Après le scotch, l’aluminium, la cellophane et le papier toilette, c’est aux bandelettes de papier recrachées par les déchiqueteuses qu’elle donne vie. Ces Esquisses à voir en famille sont accueillies dans le cadre du festival Marionnettissimo.

Des marionnettes dans une meule de papier

Sur le plateau, un grand tas de ces bribes de papier, tandis que derrière le paravent, en ombres chinoises, la machine continue à dévorer de nouvelles feuilles pour les hacher menu. Une femme s’affaire. Téléphone, registres, papiers, poubelles, tic-tac, tic-tac, le travail s’amoncelle. Quand soudain, le temps s’arrête. Du grand tas émerge le visage du directeur : « Marie-Christine, si on allait à Bora-Bora ? » Palmiers, mouettes et poissons. Le joyeux paysage jaillit de la meule de papiers sous les mains de la marionnettiste, qui installe, fait voler, se chevaucher, apparaître en ombres ou en volume, puis disparaître à nouveau dans la masse. Elle voyagera comme cela à Paris, à la campagne, en Espagne, à la montagne… en voiture, à moto ou en hélicoptère. Autant d’épisodes, autant de trouvailles plastiques parfois fascinantes. Comment ne pas s’émerveiller en voyant le sort absurde et cruel réservé à des ramettes entières se muer en tour du monde ? C’est à la fois poétique et cathartique. Pourtant, cela ne parvient pas complètement à captiver la salle.

Tintamarre, marabout, bout d’ficelle…

Barbara Mélois a une formation de plasticienne, dont on reconnait la technique et le talent à travers ces esquisses de marionnettes tout à fait convaincantes : en quelques traits, c’est tout un univers qu’elle dessine. On sent son plaisir à nous le faire partager et son engagement physique au plateau est intense. Cependant, l’histoire qu’elle raconte avec ses marionnettes manque de corps. Les personnages sont caricaturaux, leurs dialogues amoncèlent les clichés et le tour du monde apparait comme un catalogue des différentes idées de marionnettes, accompagné d’une bande-son digne d’un karaoké – « Amour, Gloire et Beauté », « L’Été indien », « Coquillages et Crustacés »… Bien sûr, nous sommes dans l’univers du fantasme, celui de Marie-Christine qui, au bord du burn-out, part en chevauchée épique sur son tas de papier. Et nous n’avons rien contre le traitement burlesque. Mais celui-ci aurait mérité une écriture plus subtile, aussi ciselée que les marionnettes, laissant peut-être plus de place à la contemplation de ces êtres de papier. Et sans doute une musique originale. Cela est d’autant plus frustrant que le propos est juste sur le fond, et résonne parfaitement avec le choix de la matière.

Agathe Raybaud









Tout public à partir de 7 ans.

Écrit et interprété par Barbara Mélois
Marionnettes, écriture, jeu et manipulation : Barbara Mélois
Assistance à la mise en scène : Clémentine Mélois
Régie technique : Estelle Baggs
Astuces et machineries : Bernard Mélois
Voix off et œil complice : Philippe Rodriguez Jorda

Le 25 novembre
Chapiteau L'Agité, Tournefeuille - MARIONNETTISSIMO