CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Enjoy – Olo// Théâtre du Grand Rond




LET'S DANCE


publié le 21/01/2019
(Théâtre du Grand Rond)





Une fois n’est pas coutume, le théâtre du Grand Rond proposait un temps fort autour de la danse. Un co-plateau de deux soli qui lancent une invitation à danser, à penser et à repenser la création chorégraphique.

« Free hugs »

Après Fraternité et Oh lit, deux spectacles dédiés au jeune public, la compagnie Filao s’intéresse à l’industrie du bonheur. Enjoy, comme une injonction à prendre plaisir, à s’amuser, à savourer, bref, à être heureux. Aujourd’hui pas d’alternative possible, la publicité, les réseaux sociaux, la télévision, Internet, le marketing,… Nous devons être heureux, donner le meilleur de nous même, être au top, réussir, attirer, profiter de la vie et le montrer.
Enjoy aborde bien cet état d’otage, soumission à la tyrannie de l’image, du bonheur de surface. Il en démontre les limites et emmène ensuite le public vers un bonheur plus intime et authentique. Cette transition est incarnée par un homme qui fait son show sur la piste de danse : entre poses millimétrées et selfies, il cherche les regards et l’attention du public, seule façon pour lui d’exister. Tel un automate, il arbore tous les codes narcissiques et égocentriques liés au paraître, tout est exagéré et tourné en dérision. Mais cet univers fragile va peu à peu se fissurer, se déliter, pour mettre à nu l’envers du décor et ses failles. Loin d’être honteuses, ces failles renferment une sensibilité touchante et désarmante, celles d’un homme qui ne demande qu’à aimer et être aimé.
Cyril Véra-Coussieu nous offre tout un panel d’émotions dansées, passant d’un pantin déshumanisé à un être sensible ; il nous fait rire, nous charme et nous émue tout à la fois. Une fois les apparats du bonheur de surface enlevés, une fois que le masque tombe, le danseur est libéré, il renoue avec lui même, avec son corps pour se reconnecter à son humanité et à celle des autres. Tel un miroir, Enjoy présente de manière subtile les écueils d’une société déshumanisée où chacun est tourné vers lui-même. A l’instar de l’évolution de la relation entre le danseur et le public, le passage de l’égocentrisme vers le partage et l’altruisme doit s’imposer. Le bonheur, c’est les autres ?

« Courir parmi les loups »

Créée en 2017, la compagnie APPACH (art performatif, poétique, aléatoire chorégraphique), nous livre son premier projet, Olo. Porté par Cécile Grassin, ce concert de danse embrasse l’acronyme tout entier. Cécile aurait aimé être une rock star, mais voilà, elle n’est « que » danseuse contemporaine. Qu’à cela ne tienne, elle déroulera son setlist à la manière d’un concert en solo. Sans jamais se prendre au sérieux, Cécile Grassin livre, à travers cet album (celui de la maturité ?), ses humeurs, ses expériences, les actualités qui lui tiennent à cœur… Tel un oignon qui révèle ses couches successives, entre nostalgie, tourments, révoltes, elle dévoile ses ressentis en tant que femme et en tant qu’artiste.
Tantôt intime, tantôt absurde, Cécile Grassin met toute la puissance du corps au service des propos ou non propos qu’elle aborde. Son corps devient un objet de langage, avec cette rage quasi animale qui transparaît, comme un appel au retour à l’état sauvage, et qui prend corps jusqu’aux limites de la folie. Elle embarque le public dans sa palette d’émotions, c’est vif et drôle, profond et léger, fort et sensible. Un (s)Olo survolté et assumé !

Ces deux créations vibrantes défendent la nécessité de rester en mouvement, de continuer à danser et à faire parler son corps coûte que coûte. Mais jamais en restant dans un entre soi ; on comprend chez eux l’importance du partage, du contact, de l’interaction avec le public et c’est encore plus réjouissant de vibrer avec eux !

Pénélope Baron









Enjoy
Interprétation danse : Cyril Véra-Coussieu
Chorégraphes : Géraldine Borghi et Cyril Véra-Coussieu
Composition musicale : Assia Maameri
Création lumières : Paulin Brisset
Aide à la mise en scène : Azyadé Bascunana

Olo
Conception et interprétation : Cécile Grassin
Regards extérieurs : Blandine Pinon, Nicolas Simonneau
Création et régie lumière : Pierre Masselot
Administration : Frédéric Cauchetier
Production-Diffusion : Elsa Pellerin

Photo : Loran Chourrau

21 janvier 2019
Théâtre du Grand Rond