CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Des Amis fidèles// Théâtre du Pavé




L'ENFER, C'EST LES AUTRES


publié le 17/04/2018
(Théâtre du Pavé)





Après Livret de famille, La Belle Équipe crée Des amis fidèles, pièce écrite et mise en scène par Eric Rouquette. Il sera encore question d’intimité et de relations difficiles mais cette fois, pas de liens familiaux imposés ni subis. Il s’agit bien de ceux que l’on choisit et assume – enfin, normalement…

Meilleurs ennemis

Un lit d’hôpital, un parterre en pelouse synthétique ; des personnes s’adressent à leur ami endormi. Pierre a été victime d’un malaise cardiaque pendant leur séjour de vacances annuel, la bande d’amis se met donc d’accord pour se relayer à son chevet pendant les quelques jours restants. On sent déjà que l’ambiance sera mouvementée et propice à la chamaillerie. Au lieu de porter sur le convalescent, l’attention est tournée vers les membres du groupe, les tours de visite se transforment en séances confessionnelles où chacun plonge à cœur joie dans une critique plutôt malveillante. Ils trouvent auprès de Pierre une oreille attentive et personne n’est épargné. Ce défilé et ces flots de paroles vénéneuses sont rythmés par une évolution scénique bien pensée : pour inviter le spectateur à changer de point de vue selon l’interlocuteur présent, le mobilier est sans cesse déplacé comme si le plateau tournait sur lui-même.
Pierre est le premier spectateur d’une pièce qui se joue entre ses amis. Lui qui se croyait dans une mauvaise passe réalise que personne ne mène une vie paisible et sans nuages, chacun essayant de cacher ses problèmes aux autres, qui ne sont pas dupes pour autant. Le jeu des acteurs, rodé à l’art de la comédie, correspond bien à la mécanique de ping-pong en étoile, et même si parfois les traits sont exagérés, on apprécie la dynamique, la jubilation non dissimulée, le piquant et les remarques qui fusent au milieu de la scène. Interprété avec beaucoup de justesse par Guillaume Destrem, Pierre porte à merveille le costume de la sagesse et de la sincérité. Il devient le confident idéal, chacun essayant de trouver raison et appui auprès de lui, mais il restera neutre et cette neutralité ne sera pas du goût de tous.

Une satire amicale

C’est un huis-clos intéressant et en même temps, dérangeant, qui se joue à plusieurs niveaux, d’une part dans l’espace confiné de la chambre d’hôpital et d’autre part au sein du cercle amical restreint. Comme si leur survie en dépendait, tous essaient de faire bonne figure, mais, renforcés par la promiscuité, les jeux d’ego finissent par créer jalousie et méfiance, voire du mépris.
Au sein de ce mécanisme de groupe, l’autre devient notre exutoire, le miroir de nos frustrations et quoi de plus naturel que de critiquer ses erreurs et ses failles qui ne sont finalement que le reflet des nôtres ? Ces relations conflictuelles qu’ils développent entre eux, au lieu d’être un fardeau, sont en réalité un moyen pour eux de se sentir rassurés et d’exister. L’amitié ne peut-elle être qu’un moyen de nous rassurer face à notre incapacité à être heureux ? Qu’en est-il de la confiance ou tout simplement de l’amour que nous portons à nos amis ? Qualifiée à juste titre de comédie dramatique, la pièce, par l’effet loupe qu’elle déploie sur cette tendance du « genre humain », dresse un constat sacrément toxique sur les relations amicales. Une satire, plus qu’un portrait fidèle de l’amitié ! (ouf)

Pénélope Baron









Compagnie La Belle Equipe
En coproduction avec Les Petits Plaisirs et la Compagnie Batala
Écriture et mise en scène : Eric Rouquette
Avec : Robin Azéma, Guillaume Destrem, Manuel Durand, Raphaële Moussafir, Gwénaël Ravaux et Eric Verdin
Costumes : Amélie Robert
Création Lumière et son : Pierre Gayant
Musique : Simon Claude
Décor : Olivier Herbert

© DR

17 avril 2018
Théâtre du Pavé