CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Dédale// RING - Scène périphérique




PRENDRE DE LA DISTANCE


publié le 23/09/2020
(RING - Scène périphérique)





La crise sanitaire actuelle a bouleversé le monde. Source de remise en question, elle est aussi propice à de nouveaux départs dans le monde de l’art. Après des semaines de silence, la culture rouvre ses portes et propose de nouvelles formes de rencontres avec le public. Véritable institution dans la création et l’expérimentation artistique toulousaines, la compagnie Théâtre 2 l’Acte propose une nouvelle création déambulatoire dans l’enceinte du RING. Avec Dédale, le metteur en scène Michel Mathieu s’empare de la thématique de la « distanciation », qui rapprochera les individus et les éveillera. Précédés de la figure d’Ariane et de son fil, les spectateurs sont invités à entrer dans le dédale, sur des chemins en extérieur et en intérieur. La destination ? Sept histoires, sept métaphores et réflexions sur le monde actuel. Neuf comédiennes et comédiens accompagnent le public dans cette douce aventure, offrant toute une panoplie de sensations, entre performance et théâtre, entre improvisation et chorégraphie.

« Une distance critique propice aux interrogations en profondeur sur notre destin commun »

C’est une expérience sensorielle inédite qui est proposée au spectateur dans cette déambulation, en passant par des chemins de traverse pour une visite inédite du RING. Au fur et à mesure, des scènes et des images se construisent sur des situations actuelles. L’existence contemporaine est ainsi balayée, que ce soit sur les questions de crise migratoires, d’écologie, de société, de surconsommation ou de technologie ; sur la guerre et la politique aussi… Chaque scène évolue dans sa spécificité spatiale et technique, où le spectateur sera plus ou moins immergé. Le public pourra ainsi passer un moment à contempler une construction absurde aux références apocalyptiques, puis se retrouver complètement intégré dans une salle où sur chaque mur sera projeté un flot d’images violentes et choquantes. Consommation, sexe, guerre, avec une bande-son tout aussi immersive. La cohue d’une foule dans une ville fera place à un grand moment de danse poétique entre deux corps amoureux et sauvages, dans un cube aux murs transparents ; des corps s’étouffant bientôt sous un tas de plastique. L’expérience est sensorielle. Entre chacune des sept performances, le spectateur est invité à prendre des chemins ou à découvrir des installations : les restes d’un camp de réfugiés déserté, la montagne de déchets d’un supermarché ou encore un chemin où les livres remplacent le béton au sol. Tous les rendez-vous sont accompagnés d’une création sonore et de lumière qui apportent aux fables un côté magique, voire mystique et expérimental.

« Tu sais que c’est bientôt la fin de notre monde ? »

Pour un instant, cette création invite à se rassembler pour se questionner. L’actualité a été propice à des prises de conscience et de recul. Par ses métaphores, la poésie et les corps qui évoluent dans les différents espaces, Dédale donne du temps et de nouvelles images. Chacun pourra être plus ou moins touché selon les histoires, mais la proposition éclectique permet à toutes et tous de pouvoir se laisser porter par le labyrinthe. Les sens sont en éveil. La disposition permet de jouer avec une certaine fragilité, soumettant les protagonistes et les installations aux imprévus et aléas que l’extérieur peut amener. La générosité des comédien·ne·s et de leurs performances est touchante ; elle rajoute un contraste entre la vie, l’organique, et le monde matériel qui entoure et peut mener ces corps à leur perte. La création n’est pas moralisatrice, ni fataliste. Elle part surtout de constats et s’en approche par la poésie. Si certaines scènes peuvent sembler véhiculer des clichés, le tout forme un espace où chacun peut prendre – ou non – une position face au monde. Dédale s’empare de l’actualité pour créer de nouvelles formes et performances, fidèle à l’identité atypique de la compagnie. Quand le monde de l’art est le premier à être touché par les crises actuelles, il est essentiel pour la scène périphérique qu’est le RING, indissociable du Théâtre 2 l’Acte, de cultiver ces aspects novateurs et pleins d’espérance.

Clarisse Douchet









Mise en scène et scénographie : Michel Mathieu
Chorégraphie du duo : Marianne Masson
Avec  Julien Charrier, Adrien Da Cunha, Célia Dufournet, Léo Gaubert, Diane Launay, Laure Lapeyre, Ariadna Longvinova, Orens Mallard, Adeline Raynaud
Vidéo : Bruno Wagner
Son : Diane Launay
Constructeur : Basile Robert
Régisseur : Yohann Allais Barillot

© Anne-Valérie Thauront

du 11 au 18 septembre 2020
RING - Scène périphérique