CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Debout sous l’orage// L'Espace Job




PAPIERS BRÛLANTS


publié le 06/12/2018
(L'Espace Job)





451 degrés Fahrenheit, c’est la température à laquelle brûle un livre dans un fameux roman de Ray Bradbury. Sur la scène de l’espace Job, un décor papivore : des tas de cartons, des piles de livres, des empilements de liasses de journaux. Au milieu, une espèce de grande armoire métallisée, en fait une chaudière. Nous sommes dans un centre d’archives où sont stockés différents écrits de résistance.

60 minutes pour dire non

Au XXe siècle, des écrivains, des chanteurs, des intellectuels, des hommes, des femmes célèbres ou anonymes se sont levés un jour sous l’orage et ont dit non. Leurs voix immortelles. Leurs textes ont été numérisés et doivent être incinérés. Deux employées en blouse bleue ont une heure (c’est la durée du spectacle) pour accomplir cette sinistre besogne. Mais avant de faire disparaître ces textes, les deux femmes vont les prendre en main, les toucher, se les remémorer, les expliquer, dire tout le bien qu’elles en pensent, se les lire à haute voix, une dernière fois. Une sirène et une voix de synthèse égrène une sorte de compte à rebours et découpe le temps du spectacle qui fonce vers sa fin tragique.

« Une femme sans homme, c’est comme un poisson sans bicyclette. »

Ce spectacle présenté par la compagnie Fabulax offre donc un florilège de textes engagés. Cela va des slogans féministes aux manifestations des Lip, du plateau du Larzac aux textes véritablement littéraires, de la chanson de Craonne des mutins de 1917 au discours à l’Assemblée Nationale de Simone Veil, à l’occasion de la loi dépénalisant l’avortement de 1975. Défilent à nos oreilles attendries les mots d’Anatole France, Hugo, Jaurès, Marianne Cohn, Le pasteur Niemöler, Boris Vian, Giono, l’Abbé Pierre, Jean Paulhan, Eluard, Gabriel Péri et même ceux de Coluche et de Pierre Desproges. Ces textes font partie de notre patrimoine et de notre ADN républicain, c’est toujours un plaisir pour les spectateurs de les réentendre, même si la collecte vire au fourre-tout. Peu de découvertes pour des adultes, mais certainement un choix salutaire à un public plus jeune. Les mots sont forts, on sent les comédiennes investies par leur envie de transmettre aux générations actuelles, trop jeunes pour les avoir entendu prononcer. Dommage que le fil conducteur inventé, cette science-fiction dystopique, ne soit qu’un prétexte un peu futile auquel on ne croit pas vraiment. D’autant plus que les comédiennes, en distribuant des textes aux spectateurs à la fin du spectacle, cassent de leur plein gré le quatrième mur. On perçoit bien l’intention, mais il y aurait à faire des choix pour muscler le dispositif général.

Stéphane Chomienne









Avec Anne Lehmann et Hélène Sarrazin en alternance avec Jeanne Videau
Ecriture et mise en scène : Anne Lehmann et Hélène Sarrazin
Lumières : Pierre Gally
Graphisme : PeterBut

photo DR

6 décembre 2018
L'Espace Job