CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Chamonix// Théâtre Garonne




CONTEUR ÉLECTRIQUE


publié le 04/12/2019
(Théâtre Garonne)





Les guitares sont branchées, les fées électriques, et les savants fous : Éric Lareine présente Chamonix, en étroite collaboration avec Garniouze. Chanteur, danseur, comédien, compositeur et guitariste, l’inépuisable rockeur toulousain dont on demeure marqué par le puissant Ellis Island en 2014, est de nouveau accompagné de son complice Pascal Maupeu. Ensemble, ils peignent et dépeignent l’histoire d’Aristide Bergès, ingénieur ariégeois du XIXe siècle, pionnier de l’hydroélectricité et inventeur de concept de « houille blanche » : l’énergie hydroélectrique générée par les chutes d’eau. Quel endroit plus indiqué alors que le théâtre Garonne, ancienne station de pompage des eaux, pour créer ce spectacle ? La fougue – électrique – d’Éric Lareine et de ses musiciens y retrace une trajectoire de vie aux accents romanesques, de l’Ariège aux sommets des Alpes. Un conte d’hier conjugué au présent, qui se veut théâtre autant que concert.

Science et poésie

« Cette histoire est basée sur des faits réels / des fées réelles », prévient Éric Lareine. « Cette histoire », celle d’Aristide, fils de papetier, commence au pied des Pyrénées. Elle se poursuit sur un tableau de plexiglas couvert de blanc d’Espagne, ou dans les vers mystérieux d’un rock pénétrant – « on m’a confié le transfert des songes ». Elle résonne entre les cordes des guitares, au creux des pylônes électriques… et vient trouver refuge dans l’oreille de fées pyrénéennes aux pieds palmés. « Commençons par séparer l’enfant de ses parents », propose le narrateur. Jouant avec les conventions du conte, il compose l’univers du petit Aristide, envoyé à l’internat dans une école chrétienne à Toulouse. Puis, il y a cette fée, Marie Cardailhac, qu’il épouse en secret. Et bien sûr, le « méchant de l’histoire », Amable, papetier concurrent d’Aristide. La soif d’inventer, l’amour des pylônes ou l’amour tout court, les turbines et les chutes d’eau peuplent chaque chanson. Chaque image aussi, à travers ce tableau peint, puis gratté, repeint puis arrosé, déplacé, regrattée.

« Je n’ai rien inventé »

Le tableau, manipulé par l’artiste en blouse blanche, servira de support pour cette conférence scientifico-historique. Écran de projection ou tableau d’écolier, il rappelle, une fois peint, la vitrine d’un magasin fermé, les chutes d’eau et la houille blanche. Ou encore, les neiges éternelles des sommets alpins. Par associations d’idées et jeux de miroir entre conte et réalité, les chansons, empreintes de ces univers croisés, tracent une trajectoire dans la neige. Une neige qui se souvient de tout. Un courant électrique capable de traverser les siècles, les guitares, et les mots. Les mots, oui, car la voix et la poésie d’Éric Lareine – rappelant à certains égards celles d’Alain Bashung – permettent le passage d’un univers à un autre. Et ce, dans un glissement subtil, et à grand renfort de rock. D’Aristide Bergès à lui, il n’y a qu’un volt. « Je n’ai pas rêvé, je n’ai rien inventé », chante-t-il avec la malice du magicien. Toutefois l’histoire, celle de ce Pyrénéen venu éclairer une vallée des Alpes, se fait parfois énigme, peu saisissable. Perdue quelque part entre le trop-plein de notes, de mots et d’images. Mais peut-être s’agit-il de brouiller les pistes pour mieux raconter une autre histoire. Celle, plus grande, de la soif d’invention et du désir aveuglant de créer. Celle des hommes et des femmes dont les rêves sont plus grands que les montagnes.

Lucie Dumas









© DR

Direction artistique : Eric Lareine
En étroite collaboration avec Garniouze (alias Christophe Lafargue)
Direction musicale : Pascal Maupeu
Guitares : Pascal Maupeu
Basse, guitare et voix : Nicolas Le Moullec
Guitares et voix : Loïc Laporte
Batterie et banjo : Colin Neveux
Scénographie et décors : Matthieu Bony
Dispositif vidéo : Babax ( alias David Bourbon)
Régie son : Johann Levasseur
Régie lumière : Enzo Giordana

29 et 30 novembre 2019
Théâtre Garonne