CRITIQUE DE SPECTACLE - TOULOUSE

Cent mètres papillon// Théâtre Sorano - SUPERNOVA #3




UN BALLET AQUATIQUE


publié le 18/11/2018
(Théâtre Sorano)





Deux soirs durant, les spectateurs du Sorano avaient piscine.
Seul en scène, lumière blafarde, décor minimaliste : Maxime Taffarel efface le théâtre et fait vivre un lieu aquatique. Ancien nageur de haut niveau devenu comédien, passé par l’ENSAD de Montpellier et la Comédie Française, cet artiste au parcours atypique interprète le rôle de Larie, personnage principal de Cent mètres papillon. Larie : un jeune nageur qui s’entraîne durement et rêve de nager en haut niveau.

Le sport, il connaît

Les acteurs ayant joué sur scène le rôle d’un sportif ne manquent pas. Citons Jacques Tati en gardien de but, André Dussolier en boxeur et plus près de nous, Jacques Gamblin en coach sportif. Maxime Taffarel est à la hauteur de ces artistes, lui l’ancien sportif devenu comédien. Le sport, il connaît. Il connaît la précision maniaque et chirurgicale du geste pour gagner du temps sur la pendule. Il mime la nage et tente de la récréer à l’air libre, de nous faire ressentir les sensations de glisse. Pari réussi. Maxime Taffarel nous fait oublier qu’il est debout, les pieds sur le terre ferme, et fait littéralement exister l’élément liquide autour de lui. Bluffant, il nous emmène dans un monde aquatique pas si silencieux que ça. Avec une gestuelle d’une très grande précision, il décompose les mouvements de la nage, les appuis, les mouvements des bras, le rythme des nages, la culbute, ce virage en fin de ligne décomposé en gestes, en durées et en sons : « Peuh ! CCChhhh ! tsssssssss ! teu teu teu teu ! Chhhheeeeuuuu ! ». Puis, la nage se fait danse et c’est très beau : une véritable chorégraphie des bras et des mains. La musique électronique accompagne les nages, chacune ayant son tempo propre, 40 bpm pour la brasse, 60 bpm pour le papillon, 70 pour le crawl et 80 pour le dos. Romeo et Juliette de Prokofiev transforme le 100 mètres papillon en symphonie épique. Sur ce point-là, du grand art.

« Je veux voir un chat qui trempe sa patte dans le lait »

Le spectacle oscille entre ballet de danse contemporaine et one man show à la Philippe Caubère. Si la partie dansée est réellement impressionnante, la partie comédie est moins réussie. Certes, il y a de très bons moments de théâtre comme l’évocation hilarante de l’entraineur sur le bord de la piscine, comme la fin de course où le nageur bloque et n’avance plus. Mais il est dommage que le duo nageur/entraineur ne soit pas plus central car les autres personnages, concurrents, speakers et commentateurs, manquent d’épaisseur et n’ont pas le pouvoir comique de ceux de son illustre prédécesseur. D’autant plus que le texte écrit par Maxime Taffarel ne manque pas de poésie : « je passe mon temps la tête sous l’eau à regarder les bulles. J’attends le passage des sirènes » ou « je fais des plats. Je veux rester au fond de l’eau, tranquille ». Le spectacle se termine dans l’émotion, au point de jonction, par l’arrêt de la carrière de nageur de Maxime et sa naissance comme comédien.

Stéphane Chomienne









Idée originale et texte : Maxime Taffanel
Adaptation et mise en scène : Nelly Pulicani
Jeu : Maxime Taffanel
Création musicale : Maxence Vandevelde
Lumières : Pascal Noel
Conseils costumes : Elsa Bourdin
© Romain Capelle

Le 18 novembre 2018
Théâtre Sorano - SUPERNOVA #3